Qui êtes-vous ?

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reine d'un royaume intime. mère d'une princesse Leia. un entre-deux où je navigue. la nécessité absolue de poser des valises. Plaisir d'écrire, toucher des mots, jeu de cache-cache avec l'infini des images possibles.

lundi 28 juin 2010

Leçon de choses. L'été réveille les parades amoureuses. L'attention bucolique aux insectes du jardin butinant quelques fleurs ne doit pas cacher l'extraordinaire fécondité des stratégies de séduction à l'œuvre. Règle de survie pour des millions de fleurs, les Orchidées ont signé un pacte secret de dépendance à un animal précis, ne confiant pas leur reproduction à un souffle peu fiable dans l'épandage attendu. Pour attirer le mâle pollinisateur attitré, les pratiques du speed-dating végétal restent classiques. A la nuit tombée certaines se parfument créant un véritable piège à odeur dans lequel l'élu sous hypnose olfactive ne peut que pénétrer l'antre floral. D'autres choisissent l'impact visuel d'un fourreau coloré révélant des formes à faire fondre le bien-aimé. Les plus manipulatrices utilisent le leurre sexuel par mimétisme de couleur, pilosité, phéromone, le mâle abusé s'accouple en toute méconnaissance. L'atout bon petit plat n'est pas ignoré, un nectar raffiné servi dans une coupelle délicate fera l'affaire. Liaison fatale.

L'orchidée, fleur subtile, unique, peut aussi avoir une vie sexuelle acrobatique. En l'absence d'insectes disponibles, elle fait faire une boucle périlleuse à son organe mâle en direction de son organe femelle pour parvenir à ses fins: l'orgasme pollinisateur.

dimanche 27 juin 2010

Un homme, une femme. Deux patronymes, deux villes. La vie quitte le corps de la femme déposée sur un lit d'hôpital. Le délire enferme l'homme dont la raison rejette un autre lieu de soin. Les identités légales aplatissent les parcours. Sexe, nom, lieu. Aucun lien apparent si ce n'est des impasses familiales qui ont écorné les cartes d'identités. Géographie singulière qui perd telle personne dans une solitude puissante, telle autre dans une désorientation cardinale. L'identité fragile déboussole. M'apparaît encore et toujours le mouvement du corps comme valeur essentielle. Suivre des chemins tracés ou inventer un itinéraire dynamique, avec et par les autres. Reconnaître l'identité familiale comme fondation pour une architecture innovante qui s'abstient de transmissions imposant un décorum social. "Papiers s'il vous plaît". On imagine alors le désappointement administratif face au déroulé d'une carte d'identifications successives, balisées par des rencontres familiales, culturelles, religieuses, scolaires, professionnelles, des choix et non-choix, des dires et non-dires. Et puis l'amour bien au-delà des croisements biologique, psychologique, sociologique, philosophique. Des identités remarquables.

Princesse Leia recherche des jouteurs audacieux afin de nourrir un débat sur autorité et supériorité.

mardi 22 juin 2010

Fiasco, débâcle, désastre, catastrophe. Du "on" rassembleur sur fond musical de Gloria Gaynor à des "eux" déclassés sur bouillie sonore vuvuzuelante. Même mécanisme de foule, même emportement, l'orchestration de la dérive négative forge le bouc émissaire clinquant tant attendu dans l'austérité conquérante du moment. L'incursion morale confine au drame national, le collectif exprime sa propre violence en désignant la victime expiatoire. L'illusion de la régulation ne dure qu'un temps.

Le ballon sauvage ne se laisse pas attraper. Universel plaisir du très jeune enfant qui s'engage pour s'en emparer.

dimanche 20 juin 2010

Carrefour dangereux. Se maintenir dans un accélérateur de particules en étant traversée du faisceau des souffrances de l'altérité. Fausse route, déraillement, sortie de route. Les collisions génèrent une énergie négative qui tend à aspirer la vitalité dans un trou noir. les trajectoires se percutent dans la métaphore du trafic. La loi des séries malheureuses reste un pur produit de l'imagination. Cependant pour s'éloigner de la sensation du cyclotron, ne pas hésiter à mettre au repos la pensée. Et retrouver l'intuition relationnelle dans une simple présence.

Einstein a rajouté en 1917 un paramètre à sa théorie de la relativité générale, la constante cosmologique. Une force d'accélération de l'expansion de l'univers appelée énergie sombre. Rien à rajouter.

mercredi 16 juin 2010

L'épaisse blancheur d'un état d'âme dominé par le manque indistinct. Le trou de mémoire laissé par une balle à blanc se remplit d'écume mousseuse. Les émotions ouatées accueillent une sensation d'engourdissement, chute de neige sur l'intime. Ni vide, ni plein, ni chaud , ni froid. Un drapeau blanc flotte légèrement pour signifier la fin des hostilités. Renouer avec la fluidité du réel. Je décèle la ruse mélancolique qui travestit sa noirceur. Pas la rêverie exaltée, désespérée, non, une instabilité corrosive qui passe d'une morosité envahissante mais discrète à une avidité débridée du corps et de l'esprit. Je l'ai démasquée cette mélancolie ambivalente qui joue au trampoline.

Hypothèse: la récurrence du blues alternatif se fertilise à partir d'un déracinement en héritage.

lundi 14 juin 2010

Elles se cachent derrière le rideau. Noir, doux, lourd, présent. Ne pas se montrer, pas encore. Et pourtant l’irrésistible poussée pour découvrir. Les lumières apprivoisées et nouvelles, la présence si intense au-delà de l’espace. Le tulle accroche, le satin diffuse une douceur délicate, petites têtes couronnées. Sucre d'ange, les êtres devenues célestes se serrent, trépignent en silence, respirent. Le jeu, l’attente, le rôle. Une main assurée lisse un chignon, l’assurance d’un rouge sur les lèvres, les yeux soulignés. Étreintes frôlées. La musique résonne dans les corps. Les chérubins cachent leur lame flamboyante. Des chuchotements s’éveillent, des rires étouffés, les anges facétieux ne parlent pas. La circulation de leur souffle limpide crée le mouvement primordial sur le plateau. Seuls les enfants voient les anges. Un cliché noir et blanc dans les coulisses, et je sens frémir les ailes du désir. Comment notre ignorance peut elle à ce point nous aveugler et anéantir l'énergie vitale de l'enfant qui s'empare de la scène? Pour qui sait voir, juin nous offre une tentation de kabbale.

Princesse Leia courtise le rouge du mois de juin, cerises et fraises, salades gourmandes, laque sur pieds dénudés.

vendredi 11 juin 2010

Le lien et le lieu. L'attachement et l'espace. Le besoin essentiel de proximité laisse très tôt émerger le besoin d'exploration. Les frontières invisibles des espaces conquis façonnent la relation à l'autre. Et vice versa. Des repères pour s'orienter, s'approprier, s'isoler, envahir, se laisser envahir, se réfugier. Des repères pour un repaire. A la sortie du toril, le matador sera toujours attentif à la brutale domination par le taureau d'un territoire instinctif dans l'arène. Refuge mental dans lequel il retournera tout au long des tercios. Dans le lexique tauromachique espagnol, la querancia signifie abri, attachement, retour, et rend visible ce dernier espace vital. Ma querancia est plus que jamais marine. Un point d'ancrage qui permet l'exploration d'une ligne de fuite. Mes ailleurs révèlent la force de mon ici.

Le repère marin est appelé l'amer. L'heureux père. La mère.
Et les petits bateaux qui vont sur l'eau n'ont pas de jambes.

mardi 8 juin 2010

47, 48, 49...50, Prêt! Appuyé contre un arbre, la tête enfouie dans le bras replié, le sérieux du jeu sculpte la posture. L'enfant crie. Prêt à découvrir les autres. Jouer à cache cache demande souplesse, rapidité, sens de l'orientation dans une alternance d'attentes et de poursuites. Essoufflement. Jeu de rôles successifs, fictions du moi, le corps entre dans une socialité fondée sur le regard. Par et dans le regard, il nous transmet bonheur, douleur, tensions. Corps oublié, sujet d'anxiété, allié complice de tous nos plaisirs, adversaire dans tous nos conflits d'apparence. Prêt pour un traité de paix durable, le temps des retrouvailles pour une réconciliation avec le corps en se déjouant des apparences et du bien dire. Ce qui se dit ou ce qui se cache. Le centre ne peut mentir, les couches sont trompeuses. Sédiments qui cachent une enveloppe trop sensible, chatouilleuse, impressionnable. Changer les règles du jeu entre apparences et identité. Trouver la légèreté de l'ombre sur le regard sans le cacher, raccord de maquillage d'un éternel jeu féminin.

Le fossé de l'adolescent adossé au mur construit entre l'idéal d'un corps à atteindre et le corps réel hérité.

lundi 7 juin 2010

Le goût d'ailleurs. L'attrayante modernité peut nous transporter avec célérité. Partout sur le globe, notre langue devient étrangère, détectant des arômes et des saveurs inédits. L'expérience interculturelle la plus frappante se vit autour du pourri. La puissance faramineuse de la fermentation lointaine met à jour toute une gamme de perceptions négatives. Le durian illustre ma propre incompatibilité gustative, mon inhibition culturelle, mes freins à la curiosité aventureuse culinaire. Fruit apprécié et dégusté en masse dans l'Asie du sud-est, frappé d'interdiction dans les lieux publics, le durian représente la fuite occidentale face au régal du gourmet asiatique. Son inhabituelle odeur provoque des comparaisons âcres évoquant d'improbables cloaques, sa prohibition souligne l'inimitié étanche des apprentissages du goût. Le chemin pour découvrir la suavité de la chair claire derrière l'intensité du nez sous l'hyperbogue épineuse est particulièrement long pour l'étranger. Et pourtant, toutes les traditions culinaires sont taraudées par des plongées inconnues dans les viscères, humus, pourritures. La fermentation révèle le goût de l'animal, de l'herbe, de la terre, de la mer. Comme un langage, elle s'apprend par bains successifs, elle se découvre puissante et repoussante, cependant typiquement présente. Le voyage révèle la fermentation. Mes ancêtres des peuples de la mer Méditerranée font couler ce goût d'ailleurs qui éloigne et ramène, fait partir et revenir. Tant de mondes, de saveurs, de textures. Continuer d'apprendre et découvrir sous la langue le spongieux, le râpeux, le soyeux, le crissant. Accompagnée de l'extraordinaire fermentation effervescente du vin le plus connu au monde.

L'incomparable fascination de l'odeur du pourri dans l'enfance, bonheur mêlé de dégoût à l'usage des boules puantes.