Qui êtes-vous ?

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reine d'un royaume intime. mère d'une princesse Leia. un entre-deux où je navigue. la nécessité absolue de poser des valises. Plaisir d'écrire, toucher des mots, jeu de cache-cache avec l'infini des images possibles.

vendredi 28 mai 2010

La brisure dans l'acte initiée par la maladresse m'inspire de la tendresse. Sous le regard d'autrui, une fragile émotion affleure dans la naïveté du geste. L'on perçoit alors des traces de lointaines expériences corporelles où l'affectif singulier est venu perturber la posture. L'inadaptation comme écart à la norme devient touchante. Pleine de bonne volonté, la maladresse inéluctable n'arrive pas à la bonne adresse créant un superbe décalage dans la communication, espace libre pour l'inventivité, l'inattendu, le rire. Buster Keaton, l'un des plus brillants maladroits du cinéma s'est emparé de cet espace pour jouer la maladresse grâce à l'exceptionnelle virtuosité de son corps. Sans adresser un sourire.

Les enfants apprennent à écrire et pour certains perdent le geste de dessiner. Mystérieux changement d'adresse.

mercredi 26 mai 2010

Einstein ne me contredirait pas sur le fait qu'à ce jour la finitude de la théorie des cordes et des nœuds est encore à démontrer. La physique quantique représente un insondable sac de nœuds. De cette obscurité conceptuelle je ne retiens que mots et signes. Raffolant du matelotage à contre-courant, je dispose d'une patience démesurée pour le dénouage. Rechercher l'extrémité libre, l'accompagner pour trouver son chemin dans un dédale de boucles, soupirer sans renoncer. Le dénouement est parfois incertain. Les entrelacs de l'étymologie nous rattrapent, le symptôme est coïncidence, croisement, nœud. Au confluent de la mythologie, de la culture, de l'art, de la psychanalyse, de la biologie, des mathématiques, le nœud est omniscient. Des molécules d'ADN nouées et entortillées aux lacets de nos chaussures, la narration du nœud livre notre passé, nos intentions, nos sentiments, nos liens, nos distorsions comme l'écrivain besogneux qui rêve de Flaubert. L'homéopathie, science qui s'intéresse de près aux symptômes, recommande abies nigra pour les sensations de nœuds à l'estomac. La dimension érotique n'est pas oubliée avec ses gammes d'enlacements, d'entrelacements, d'entremêlements, d'entre-deux. Lier, relier, délier, métaphore vitale.

Mon enthousiasme gagne le terrain typographique avec la célèbre ligature du e et du t. L'éternel charme de l'esperluette, &

samedi 22 mai 2010

Mon oncle d'Amérique. Film coécrit par le professeur Henri Laborit qui souhaitait mettre en lumière ses travaux, ses théories sur le comportement et le cerveau. La seule raison d'être d'un être c'est d'être. Le stress correspondrait à un croisement sans feux de signalisation entre les trois cerveaux, le cerveau reptilien de la survie immédiate, le cerveau limbique qui enregistre les conditionnements et les émotions qui s'y rattachent, le néo-cortex siège de la connaissance et de l'analyse. Le système nerveux s'apparente à un jeu de matriochka, poupées qui s'imbriquent les unes dans les autres. Parfois, au carrefour, les signaux envoyés déclenchent une information d'urgence qui attend une réaction immédiate. Cependant le brouillage d'ondes maintient la confusion entre détresse grave et submersion incontrôlée. L'urgence s'impose, le surmenage se nourrit. Le prêt-à-penser subit la tendance, révèle l'instinct grégaire à déclarer l'état d'urgence, laissant le surmenage étouffer la conscience de nos comportements. L'équation cinématographique est simple. Trois cerveaux, trois actions : combattre, ne rien faire, fuir.

État d'urgence vitale pour cet homme dont les lésions dangereuses ne se laissent pas facilement écrabouillées. Il n'a pas le temps d'ajouter une souffrance psychique à sa douleur physique. Dans son combat solitaire, sa conscience lumineuse m'éclaire de ses forces précieuses.

jeudi 20 mai 2010

Du lange au linceul, les histoires de vie s'écrivent autour du drap. Les fibres s'imprègnent de nos fluides, de nos humeurs, de nos rêves à fleur de peau. Le léger souffle du drap propre soulevé dans une gestuelle souvent habile habille le lit d'une douce fraîcheur. La main lisse, avec application, les faux plis querelleurs. Loin des préoccupations naturalistes et sociales des peintres du XIXème cherchant à rendre compte de l'extrême pénibilité du travail du linge, mon lavoir ressemble plutôt à un boudoir dans lequel le métier exercé à temps parcellisé me soumet à une rêverie potentiellement domestique. Mes emballements solitaires me font repasser en boucle le film des oeuvres de Christo et Jeanne-Claude. Le couple d'artistes révèle en cachant, depuis des décennies, des édifices, des lieux naturels. S'emparant de tissu, ils ont créé un monumental art éphémère, insensé. Un rideau safran de 13000 m2 barre une vallée dans l'Etat du Colorado, inouïe expérience sensorielle sans signifié.
Jeanne-Claude, 13 juin 1935 - 18 novembre 2009.
Christo continue, fidèle à une promesse faite l'un à l'autre.
Du lange au linceul, et au-delà.

C'est assez burlesque de voir comment l'évolution des thèmes de la peinture de Toulouse-Lautrec décrit le parcours de vie de ses sujets: La Blanchisseuse, Le Moulin Rouge, Au salon de la rue des Moulins. Du lavoir au bord d'elle.

lundi 17 mai 2010

Dans un réseau de communication, il arrive qu'un opérateur soit en dérangement. L'on reçoit alors des points de suspension infinis dont l'agressivité sonore taille à vif dans le flux de la relation. Cependant le dérangement crée aussi l'espace, l'intervalle, l'inattendu. Se laisser déranger, plier, déplier, replier l'origami de notre être et révéler parfois dans l'envers du tissu notre propre altérité. Dans l'optique d'un développement durable personnel, j'envisage de fédérer autour d'une écologie du dérangement où la complexité de nos plis se sublimerait dans l'esthétique de l'éventail. Du travail en perspective.

Le comble du pâtissier est de rire devant un mille feuilles. Plié en deux, il repense au travail de la pâte qu'il a pliée, étirée, repliée des heures durant, dont il ne restera que quelques miettes sur les commissures des lèvres du gourmand trop pressé.

samedi 15 mai 2010

Le chat se déplaçant sur le balcon nargue le passant de son équilibre toujours élégant hors du commun. Le félin ne vacille pas. D'ailleurs il ne tombe pas mais entre dans le sommeil, à l'inverse de la plupart d'entre nous pour qui l'alternance veille sommeil passe par une extraordinaire expérience de chute. Secoués par une propagation de spasmes musculaires nous tendons à nous raccrocher à un sommier irréductiblement stable. La défaillance du corps dans l'indistinct délave les couples de notre fonctionnement, plaisir/déplaisir, attirance/répulsion, compréhension/confusion. Tomber de sommeil, une perte de contrôle où le corps résiste dans un sursaut avant abandon. Tomber amoureux révèle aussi toute la gamme de chancellements du corps, l'anarchie des fluides qui trouble la stature, colore la peau, déchire le rythme cardiaque. Quel merveilleux paradoxe que l'expérience de cette chute imprégnée d'une incompressible légèreté capable de nous faire danser comme Gene Kelly sous la pluie. Pour mieux défaillir. De plaisir ou de douleur.

Les réflexes archaïques d'agrippement permettent au bébé de s'organiser pour lutter contre la sensation de chute ou d'abandon. Le petit kangourou est bien plus passif au chaud dans sa poche.

jeudi 13 mai 2010

Dmitri Nabokov, vieux fils de Vladimir, a mis fin à un terrible dilemme littéraire de plus de trente longues années. Véra, épouse de Vladimir et mère de Dimitri, ne put se résoudre à brûler le dernier manuscrit selon les volontés de l'écrivain. Les fiches de travail restèrent à l'abri dans un coffre en suisse. La postérité a eu raison du respect de la mémoire, les années creusant l'écart entre autorité du pater familias et transmission ultime du talent filial. L'agencement du manuscrit sans le regard de son auteur vient d'être édité sous la forme d'un dernier roman. Par compensation peut-être inconsciente, Gallimard réédite aussi un recueil de nouvelles. La résolution d'un dilemme ne peut être qu'issue d'une lutte entre émotions et raison. En cela, il ne peut être que conflit d'éthique, ce qui présuppose de ne pas être sous le joug d'une morale commune mais bien de répondre à un besoin impératif d'être responsable de sa propre décision. Soupir naïf. Le monde de l'édition est traversé de rendez-vous ratés, d'engagements sincères, de motivations vénales, de trahisons postmortem. Les émotions sont trompeuses tout autant que l'opacité de la perception. Chez mon ami libraire ça sera nouvelles au menu, sans supplément roman.

L'impossible dilemme moral d'Einstein qui dut sacrifier une de ses valeurs au profit d'une autre lorsqu'il écrivit à Roosevelt pour lui dévoiler les avancées scientifiques qui allait aboutir à une arme terrifiante.

mardi 11 mai 2010

Tout va bien Madame? Non, pas très bien. Comment dire la peau qui retient le mouvement, l'attraction terrestre qui défie les pommettes, la gravité qui en découle sur le sourire. Les plissements déformés des yeux matinaux même sans nuit d'ivresse amoureuse. Comment dire l'éloignement de la jeunesse comme unique raison du tutoiement, la dilution des mademoiselle, et l'éventualité de la vieille dame. Le corps refuse entre renoncement et résistance. Le schéma corporel se vrille par timides décalages qui osent s'affirmer dans l'aléatoire du ressenti. Et pourtant la mémoire de la peau devient magnifique, la caresse crée la caresse, les sens continuent de s'éveiller. Capital sensoriel peu abordé par Bourdieu se dit-elle. Tout va bien Madame? Elle sent l'étoffe de la réponse s'enrouler dans la bienséance nécessaire. Oui, c'est parfait. Le garçon se détourne, la démarche assurée par la confiance dans le choix du plat du jour de sa cliente.

Princesse Leia philosophe avec grammaire, s'interrogeant sur le bonheur ou les bonheurs.

samedi 8 mai 2010

Le jeune enfant. Ses initiales sont je. Le jeu de lettres ne fait que souligner l'incroyable parcours de jeu du bébé avant de pouvoir dire je. L'enjeu du jeu. La compréhension de la règle se construit par le jeu. Quel extraordinaire aller retour entre identité et règles du jeu. Changer ensuite la règle du je. Poursuivre la découverte dans un je d'aventures. Devenir son libre arbitre en tant que première personne du singulier. Femme mère réfléchie, FMR. L'éphémère est un petit insecte au corps effilé, possédant des courtes antennes et une paire d'ailes transparentes. Son jeu érotique le plus prisé reste l'accouplement en plein vol. Sorte d'effet papillon, l'envol du je libre ouvre l'espace des possibles.

Peut-être en raison de sa filiation, Princesse leia est une naïade.

mercredi 5 mai 2010

Bleu ciel, bleu outremer, bleu voyage. L'intensité audacieuse du jardin Majorelle à Marrakech, les ailes exotiques d'un Morpho d'Amérique du Sud, les graines cotonneuses de l'arbre voyageur de Madagascar, la toile délavée des bleus de chine des marins provençaux. Bleu de prusse de l'immense vague d'Hokusaï, menaçant de ses griffes d'écume des pêcheurs combattifs. L'extraordinaire puissance du déferlement naturel soulève une formidable masse d'eau. L'ambivalence des mots. Le bleu et la vague. La puissance et le doute, la force et l'indéfini. Deepwater Horizon. Du bleu qui commence à faire rêver. Et le flux d'actualité qui vient assombrir le tableau, la marée noire déverse son mouvement inquiétant.

Le vague à l'âme de l'internaute qui navigue.

mardi 4 mai 2010

Le poumon, le poumon vous dis-je. Plaque tournante de nos tourments. Se libérer de la crinoline, cage emprisonnant le souffle oublié dans les tréfonds du thorax. Le mouvement respiratoire se moque de lui-même, c'est en créant une dépression dans les poumons que le diaphragme laisse entrer l'air. Source d'inspiration. L'esprit comme le corps a besoin de ventilations fondatrices. Moments de grâce où l'euphorie colore de nouvelles mises au monde. Délacer le corset pour se laisser caresser par ces quantum d'intuition créative. Décolleter les entournures. Rajouter un zeste de militantisme en s'engageant dans un profond mouvement de libération du souffle.

Capitaine il faut, lieutenant je dois, Rompez!

dimanche 2 mai 2010

Être heureux dans une cabane. La terre porte, le ciel couvre. Cabane, cocon, cabanon, c'est une aire de jeu méditerranéen où le rire tourne en dérision l'ordre établi. La convivialité renforce une sociabilité masculine où chaque homme se retrouve chasseur, pêcheur, cueilleur. Animés d'un désir de ramener du beau, du gros, du bon, ils s’imaginent pouvoir s’en vanter toute la journée. Les enfants rejouent leur propre guerre des boutons. La peau moins laiteuse que Blanche-Neige, je me délecte de bricolage et multiplie les tâches ménagères avec créativité et sans présence de nains. La vieille porte sur des tréteaux branlants nous offre la plus belle table d'hôte. Une légère cotonnade accrochée dans les branches sinueuses d'un tamaris ouvre l'espace. Les rites s'organisent autour des repas, siestes, apéro, jeux. Paradoxalement, les incertitudes quant à l'avenir du cabanon le protègent de la précarité de son devenir. Comme des enfants à l'abri des interdits parentaux, nous échappons à une juridiction pour mieux s'inventer nos propres règles. N'existe-il pas plus délicieuse et silencieuse subversion?

le bruit vague de la plage qui s'endort. Ces presques riens imprègnent la mémoire du goût de l'air salé.