Qui êtes-vous ?

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reine d'un royaume intime. mère d'une princesse Leia. un entre-deux où je navigue. la nécessité absolue de poser des valises. Plaisir d'écrire, toucher des mots, jeu de cache-cache avec l'infini des images possibles.

jeudi 29 avril 2010

Le visage possède 44 muscles, ce qui augure de plusieurs dizaines de milliers d'expressions possibles. Nos émotions ont donc un choix à la hauteur de la réaction. Le mensonge cache 3 émotions principales, la peur de se faire surprendre, la culpabilité de l'acte, le plaisir du jeu. Pinocchio et le légendaire allongement de son appendice nasal ne reflète pas l'étendue de maîtrise de certains menteurs. L'honnêteté radicale n'est pas commune quand il s'agit de préserver son image, de persuader dans le but d'obtenir un avantage, d'éviter un conflit, de ne pas peiner. Ce dernier mensonge est parfois qualifié de blanc, comme la blouse isolante du médecin. Sous prétexte de ne pas heurter, on peut ravir l'autonomie d'une personne. Tim Roth, acteur britannique, incarne le psychologue Paul Ekman spécialiste des expressions faciales, dans une série télévisuelle. Le premier affirme que son métier est un mensonge à lui tout seul, le second qu'il représente un détecteur de mensonge vivant. La nature humaine est bien faîte puisque disposant d'un outillage performant, quoique philosophiquement condamnable, mais légitime au regard de la difficulté d'assumer la complexité du réel.

C'est toujours étonnant d'observer le parcours d'une main prompte à soulager la microdémangeaison du bout du nez lorsque l'esprit est piqué par un doute croissant.

mercredi 28 avril 2010

Préserver une solitude désirée. Rechercher aussi l'inhabituel nocturne, l'imprévisible partagé dans le rire, le chant, la danse, la boisson. Une certaine importance familiale attribue à la réputation, l'apparence, l'argent, la propriété une place prépondérante. Se libérer du poids du sérieux. La noce fête, célèbre, rogne. Elle m'attrape dans une messe jubilatoire qui fait pétiller les rapports humains. L'excès déploie un accord tacite pour mieux frotter ses épines, ses échardes, ses granulosités. Le trop est complice du relief. Les noceurs jouissent d'emportements disproportionnés, mettant en scène des luttes de langages. Une voix plus sonore parvient à faire taire l'autre, enterrement des silences convenus pour joutes déclaratives. La noce vagabonde entre comique et pathétique avec volupté badine. La rate peut se dilater, le rire lave de soi-même comme une explosion volcanique.

Le regard de princesse Leia, son rire.

mardi 27 avril 2010

Une ruelle dans une ville, la nuit. Les affiches publicitaires du panneau déroulant illusionnent les murs dans un éclairage coloré. Les courroies d'entraînement du moteur tailladent le silence comme un vieux réfrigérateur fatigué. Avenir est le nom d'un spécialiste de communication extérieure. L'utilisation sémantique révèle la transgression. La notion philosophique d'avenir devient un passage obligé envahissant les champs politiques, économiques et marchands. L'inquiétude des marchés quant à l'avenir de la monnaie. Désir d'avenir. Les slogans se répandent et répondent aux interrogations maîtrisées. La force du courant existentialiste du XXème siècle n'empêche pas toujours ni mes poings de se refermer sur des morceaux de journée, ni mes mâchoires de se rétracter sur des paroles perdues. Vieux réflexe animal qui agite le sommeil trop court. Pourtant, en marchant dans la rue cette nuit-là, la question de l'inquiétude de l'avenir exhibée dans le prisme virtuel de l'affichage a provoqué une résistance presque tibétaine, un lâcher-prise involontaire. Accepter d'ouvrir les paumes vides, laisser se dilater les narines, faire respirer les lignes de vie, de tête, de cœur sans prédiction des nuits à venir.

L'adolescent ravale l'abri mystérieux construit de matière rare, tour d'ivoire des convictions de l'adulte.

vendredi 23 avril 2010

La mémoire joue des tours de passe-passe entre présent et passé. Conjuguer le sentir et le savoir laisse émerger ou pas les souvenirs. Ils s'embellissent, s'enfouissent, se maquillent, se déplacent. L'écheveau peut s'écouler librement avec la fluidité des associations d'idées. Lorsque le désir ne se confond plus avec la volonté, les traces sensorielles, émotionnelles remontent à la surface. Les réminiscences, gouttes de mémoire, affleurent comme des bulles de champagne dans une coupe. D'une vague résurgence à une source limpide, l'expérience enregistrée hier se décode aujourd'hui, ce qui a été senti, pensé, vécu vient nous surprendre. Pythagore m'a sorti des bras de Morphée ce matin, me soufflant à l'oreille dans un triangle rectangle, le carré de l’hypoténuse est égal à la somme des carrés des deux côtés. Plus que la vue d'un livre de maths de collège, c'est le souvenir, dilué comme une aquarelle, de cheveux gris en mouvement, d'un regard bleu glacier, d'une autorité légitimement respectable qui me semble en jeu dans ce murmure matinal. Piste pédagogique à creuser, l'organisation des connaissances devrait plus souvent discerner un peu de clarté dans le binôme désir-volonté, pour faciliter l'apprentissage par cœur.

L'insolite petit cheval des mers a donné son nom à une zone du cerveau essentielle à la mémoire. On a tous un petit hippocampe à apprivoiser.

jeudi 22 avril 2010

L'art d'envisager les mots par toutes les lettres me réjouit. Le palindrome est comme un gant en latex que l'on retourne et qui démontre la même vacuité légèrement empesée de chacun de ses doigts. Kayak. Été. Radar. La légèreté visuelle de ces mots est source de plaisir. Le repérage discret de l'organisation renversante des lettres suscite une émotion souriante. Courir à l'envers le long d'une phrase n'est pas sans rappeler la jubilation désuète du sportif des années 80 ressentie à l'utilisation des premiers walkman auto reverse. Le jeu ne s'impose pas. Il a l'élégance d'un carnet japonais dont le pliage réciproque crée le geste, la main animant le regard qui cherche un sens. Grande est mon insouciance lorsque l'on repense aux contraintes littéraires et mathématiques que s'est assigné Georges Pérec. Ma réserve de sachets d'acide salicylique ne suffirait pas pour jongler, triturer, extirper d'incroyables anagrammes et autres anacycliques. Esope reste ici et se repose. Moi aussi.

Les heures palindromiques ravissent Princesse Leia. "Tiens, il est 10h01".

mercredi 21 avril 2010

Le parcours d'une vie peut se lire comme une fugue musicale où se superposent des lignes mélodiques distinctes. Le sujet perméable aux rencontres suit ou poursuit une route peu limpide, dont la tonalité prend peu à peu une autre couleur. Il existe toujours un noyau mélodique qui revient de temps en temps, la vie est faite de répétitions ni tout à fait les mêmes ni tout à fait autres, de voyages, de questions réponses, de rencontres, de croisements. Un rythme de marche sur un sol mineur en inventant son propre code de la route, comme un pilote nomade qui suit une piste. Une fugue qui n'existe que par les pas qui la parcourent. Contrepoint, contrepèterie...la fugue en route, la fougue en rut. Je ne suis pas sûr que Bach m'excuserai pour ce genre de dissonance.

Princesse Leia peut être physiologiquement excédée.

mardi 20 avril 2010

Certaines errances constituent des rites d'apprentissages, dont l'initiation nomade laisse des traces persistantes dans la recherche d'évasion. Être myope est une aubaine, cela donne l'aisance de jouer dans une zone franche où l'imaginaire recompose le réel. Fondre dans le flou, rêver là-bas, étreindre ici. L'espace temps de la scène malaxe ces ailleurs et ces présents, des rires et des peurs, des souffles, des sons, des silences. Les mots mis en bouche transportent. Ancrée dans mon camp de base, le regard encollé à la ligne du ciel qui s'amarine, le théâtre m'est prescrit comme guide voyageur. L'écrit et le corps.

Enfant, dévorer la page des drapeaux du dictionnaire.

lundi 19 avril 2010

L'homme et l'humilité ont une racine commune, humus, la terre, la poussière. Face aux démesures naturelles comme aux subtils riens inaperçus, l'humilité laïque nous replace dans un désavantage existentiel essentiel. Goûter la méditerranée et se laisser aiguillonner par une piqûre de rappel antique. Les premiers philosophes s'interrogeaient sur les manifestations naturelles et la place de l'homme. J'entrevois l'ampleur de la tâche me découvrant un statut d'orpailleur enseveli sous des débordements de graviers, à la recherche de pépites d'or sans présence de mercure. D'autant plus que pendant bien longtemps on a cru à une hypothétique planète orbitant entre le soleil et mercure nommée Vulcain. Actuellement sensible aux perturbations vulcanologiques, je resterai respectueuse de l'environnement en toute humilité. Cernée par mes propres gisements alluvionnaires, me voilà résolue à me saisir d'une pelle philosophale pour désengorger quelques trésors.

Mon compagnon de routes et de déroutes, Albert Einstein, a démontré en 1915 que la planète Vulcain n'existait pas. Une fois de plus tout est relatif.

dimanche 18 avril 2010

L'héritage culturel et religieux corrode les fondations structurelles puis réveille une inclination à observer la responsabilité personnelle dans un évènement désagréable mais externe. La mise au piquet collective décrétée par une autorité céleste en guise de punition bien méritée. La symbolique continue d'envahir la scène avec ses textes bibliques. Le feu de la colère divine réduit en cendres l'orgueil humain. Au diable la culpabilité, les cendres, les poussières, l'insignifiance humaine! Lâcher prise, choir, laisser passer les nuages d'ombres. De l'Europe à l'Asie, un grand écart entre tradition judéo-chrétienne et méditation bouddhique. Redoutant les courbatures, il me reste à ramener les jambes en position du lotus, la main soutenant paisiblement un verre de vin blanc.

Haiku. Le temps d'un soupir, une évocation confidentielle provoque une insaisissable secousse sismique.

samedi 17 avril 2010

Petites causes, grands effets. Beau panache poussiéreux, fâcheuses circonstances. L'attente d'un plaisir qui ne peut se satisfaire crée de la frustration. Parfois la non-réalisation du désir est sidérante, et la déception se distend comme un vieil élastique. A cet instant, la nature reprend le dessus sur la mondialisation des échanges. Plusieurs centaines de milliers de personnes tentent de trouver un repos sur une moquette rêche d'un aéroport mettant à jour des variations individuelles de seuil de tolérance. La maîtrise confiante des flux s'efface, les lettres des panneaux d'affichage ne cliquètent plus, les corps s'affaissent près de chariots débordant de valises. Les rêves, les attentes, les exigences sont coincés dans une stupéfaction paralysante. Dans ce tumulte, tous mes réacteurs sont à l'arrêt. J'aspire à être tel Eric Moody, le commandant de bord de la British Airways qui réussit en redémarrant un réacteur sur quatre, après un vol au dessus d'un volcan de Sumatra en éruption, à faire atterrir son avion et sauver tous les passagers.

Relire cette nuit les aventures de Philéas. Une pointe de flegmatisme britannique n'est pas contre-indiquée.

vendredi 16 avril 2010

Il n'y a pas que des volcans contrariants et des sources d'eaux chaudes soufrées en Islande. Il y a une cuisine traditionnelle riche. Le Þorramatur est un plat viking qui nécessite quelques ingrédients indispensables: du requin du Groenland, des testicules de mouton cuits dans leur jus et macérés dans le lait aigre, des têtes de mouton calcinées, du fromage de tête, de la saucisse d'abats d'un mouton, de la graisse de sang, du poisson séché, du beurre, du pain de seigle, de l'agneau fumé, de la graisse de mouton, des nageoires de phoques, du gras de baleine faisandé. La petite veine tortueuse qui gonfle sur ma tempe et vient rider l'apparente sérénité de mon front n'est peut-être pas la seule raison de mon inappétence.

Au Japon, les aurores boréales sont nommées promesses de bonheur. Ces déchirures de lumière dans la nuit polaire pourraient me réconcilier avec l'île de glace.

jeudi 15 avril 2010

Les mots jouent, les sonorités voyagent. Des identités orales se tricotent dans les territoires mixés. La poésie vivante de la voix déplie l'écrit. De l'autre côté de l'atlantique, la langue française interpelle, amuse, étonne. Au Québec, on ne rêve pas, on pellette des nuages. Un véritable travail nécessitant un outil, un espace, de la matière, du temps. Le ciel est empli d’immense barbe à papa. Embrasser la friandise qui se dissipe instantanément sur la langue, retenir la sensation éphémère. Un souvenir sucré et durable se répand dans la bouche, des milliers de grains de sable sirupeux enduisent les contours des lèvres. Les yeux tendus vers cette impossible gourmandise, regarder le voyage des nuages dans le ciel et laisser aller les pensées. Divagations inestimables. Dans cette même région, on ne rêve pas calé dans un fauteuil, là on vedge. Magnifique rencontre américaine, vedger c'est être réduit à l'état de légume, végétable, avec l'accent.

Princesse Leia ne pellette pas de nuages. Elle cueillette quelques images.

mercredi 14 avril 2010

La mélancolie naît dans un entre deux où les cicatrices sont à penser autrement. L'homme pense, l'homme ment. Toujours le pansement absurde, donner un sens à une vie dénuée de sens. L'humeur possède le caractère sinusoïdale, alternatif du courant. Entre abattement et bonheur, la douce amplitude confère la normalité, l'extrême fréquence renvoie à la morbidité culinaire. Il se met la rate au court-bouillon. Le champ électrique traverse celui de la psychiatrie. Combien d'états dépressifs sévères traités par électrochocs? Il existe un autre courant alternatif face aux pics mélancoliques. Le rock underground en Cure régulière. Une décharge électrique. La révolte, unique réponse de Camus à l'absurde.

La montre de princesse Leia se dérègle. Deux minutes dure une éternité. Tactique du tic-tac.

mardi 13 avril 2010

le voyage débute en faisant ses valises. Défi féminin par excellence dès lors qu'un sac à main quotidien peut ressembler à une malle aux trésors. Tout bagage doit allier grande mobilité et légèreté. Slogan efficace du layeteur-emballeur-malletier Louis Vuitton. C'est reparti, la légende romantique du XIXème siècle retisse sa toile autour de ma personne vagabonde. La révolution technique des moyens de transports ouvre des terrains d'aventures pour clients fortunés. Intuitif, Louis sent bien que l'avenir du tourisme a de beaux jours. L'imaginaire collectif commence à se façonner une idée aventureuse qui marie luxe et voyage. Des malles fonctionnelles transportent la vie de voyageurs illustres ou délicieusement inconnus, regorgent d'intrigues, résistent aux nuages de vapeur qui enveloppent les déplacements par mer ou sur rails. Marcher rapidement dans un corset cintré en retenant sa capeline, suivie de près par un cortège de malles en cuir laissant seulement apparaître la casquette ornée de galon doré d'un jeune employé de la compagnie internationale des wagons-lits Pullman. Principe de plaisir, principe de réalité. 25 millions de bagages ont été égarés dans les aéroports en 2009. Se résigner à ne prendre qu'un petit sac de cabine avec le strict nécessaire au cas où.

Projet de voyage en cours en 10 étapes : Marseille-Londres-Suez-Bombay-Calcutta-Hong Kong-Yokohama-San Francisco-New York-Londres-Marseille. En disons 85 jours et sans Philéas. Être tentée par Irkoutsk avec Michel.

lundi 12 avril 2010

L'essence de térébenthine mêlée à la résine de pin ambrée qui crisse sous le satin usé des chaussons. Une odeur, une couleur, un geste, un son. Le bac en bois réservé à la colophane au fond du studio. Les rais du soleil à travers la fenêtre chargés de poussières dansantes. Les traces blanchâtres des cristaux écrasés sur le parquet. Le piano. Les danseuses classiques apprennent très tôt à lutter contre le lustre du bois pour éviter toute glissade involontaire. Le patinage peu artistique ne fait pas partie du plan de rigueur nécessaire à la maîtrise des appuis de toute future danseuse. Lorsque l'on découvre l'extraordinaire application des rituels, l'immense patience dans l'apprentissage, les facultés bondissantes d'élévation, l'extrême souplesse dans l'étirement des muscles, les lignes de grâce qui subjuguent le mouvement, on ne peut que s'étonner d'avoir qualifié les jeunes élues de petits rats plutôt que petits chats. Compte tenu qu'avant chaque tentative de fouettés, les graciles silhouettes se précipitent vers le bac en bois, raclant alternativement chaque peton dans les brisures odorantes, le regard lointain, la concentration sereine.

Le 17 juin 1961, à l'aérodrome du Bourget, sur le point d'embarquer pour retourner au pays des soviets, Rudolf Nureyev saute par dessus les barrières de la douane. Il obtiendra l'asile politique en France en pleine diplomatie de congélateur. Peu importe ce qui a nourri le mythe, la virtuosité survivra. Un des plus beau saut de l'histoire de la danse a symbolisé une rupture politique, artistique, individuelle.

dimanche 11 avril 2010

L’économie de marché dominante participe à la promotion d'un confort teinté d’immobilisme déguisé en sécurité. Une économie de marcher. Le mouvement, transport de l’énergie vitale, déborde chez l’enfant et agace l’adulte. De générations en générations, les croyances, idées préconçues, préjugés instillent de fausses évidences pour rationaliser les déplacements, faire rentrer dans les rails, mentir collectivement. La vérité du mensonge s’insinue dans la vie d’adulte. L’incroyable et si commune phrase quand tu seras grand n’est qu’un subterfuge pour dire quand tu t’habitueras à mentir. L’adulte qui oublie l’enfant devient obéissant et esclave de ses certitudes. Il se cache du grand tourment, du seul moteur, le désir. Du pervers polymorphe il est devenu un père vert poli plutôt amorphe. Pourtant, l’histoire de l’humanité est secouée d’électrochocs quant à soi et le rapport aux autres. Depuis Galilée, la terre n’est plus au centre de l’univers, Darwin nous a permis d’appréhender l’évolution, Freud a déniché l’inconscient, Einstein en a remis une couche. Cependant on essaie de nous faire croire à l’embellie de l’ombilic confortablement installé dans une chaise longue en teck directement issu d’une déforestation tropicale, à l’ombre d’un parasol permettant de se rafraîchir d’opinions à 0% de matière grise.

Cuisiner des tortellini à la crème, et déguster ces petits nombrils de Vénus.

Bien que n'étant plus abonnée à Pif Gadget magazine depuis plusieurs décennies, j'ai quelque fois l'étonnante sensation d'avoir un pois sauteur mexicain exilé dans ma tête.

vendredi 9 avril 2010

L'oxymore est une figure de style associant deux mots opposés, l'improbable mariage exprime l'inconcevable avec une force d'évocation remarquable. Rien ne peut mieux décrire le silence assourdissant de Camus, les splendeurs invisibles de Rimbaud, la fantaisie militaire de Bashung... Il existe un oxymore de sensations se rapprochant de l'étymologie grecque, spirituel sous une apparente stupidité. Oui, bouillir à l'intérieur et rester sereine à l'extérieur peut être délicieux. Un succès populaire cinématographique l'illustre, The Mask. Le personnage principal vit dans la neutralité constante de son quotidien uniforme. S'emparant du masque il devient un être dansant, plein d'humour, séducteur, burlesque, inattendu sans aucune inhibition. Ici et maintenant, avec le masque sur mon visage, je peux danser sur le plafond comme Fred Astaire en défiant les classiques lois de gravités. Face à mes ennemis inspirés par un petit noyau résiduel de paranoïa latente je peux me battre comme Trinity avec les contours et le ravage sensuel d'Ava Gardner. Je peux ex-orbiter mes globes oculaires en hommage à Tex Avery et cacher en ce lieu ce que ma langue ivre de désir pourrait faire. Mais la boulangère à qui j'achèterai le pain ce matin ne le saura pas.

Princesse Leia ne dérobe plus les chaussures à talons de sa mère. Elle a les siens.

jeudi 8 avril 2010

L'expérience intense du corps à corps imposé dans l'étroitesse de l'ascenseur. Les murmures incompréhensibles des entrailles viennent bousculer l'apparence des corps soignés, parfumés, bien vêtus ou même abandonnés dans une enveloppe désincarnée. La promiscuité dans l'attente économise les codes sociaux usuels en supportant les manifestations viscérales inattendues. La peau se resserre, le tonus musculaire devient exigeant, l'effort pour éviter le frôlement de l'autre est à son comble. Les limites du corps se rétractent. Ne pas penser au scénario catastrophique de la panne, retenir sa respiration en maintenant son détecteur de borborygmes en alerte. Certains corps professionnels excellent dans la maîtrise. Le psychanalyste à l'abri derrière le divan ne doit-il pas lui aussi lutter contre ses propres réalités charnelles fortuites afin de maintenir une plausible neutralité?

Un prisonnier suédois a tenté de protester contre le système pénitentiaire par le biais de flatulences. Le gardien ne peut pas l'encaisser.

mercredi 7 avril 2010

Le crâne venteux de Boris Vian peut rire aux éclats de mandibules. L'adolescent consensuellement rebelle affiche un crâne fédérateur sur son tee-shirt conforme. Le memento mori laisse place à une communication de post-it privilégiant le vocabulaire visuel au détriment de la conscience. La vanité comme nouvelle icône, tout aussi puissante, d'une consommation illusoire, immédiate, abondante. Mise en œuvre efficace du cliché de normalisation de l'effrayant, du provocateur qui protège d'une attention à la nature vaine et transitoire de la vie humaine. Tous ces crânes accompagnés de sauces maïzenées pour mieux affadir le goût de la vie envahissent les linéaires de la dépense. Tout près, un Che multicolore fricote avec un petit chat modèle, le nœud ajusté au sourire s'accorde à l'étoile du béret. Pirates unissez-vous, répandez votre poison, signalez votre danger, réveillez-nous.

Ancré devant l'écran, le crâne nacré dégagé de sa carne rance...

mardi 6 avril 2010

Besoin irrésistible de mer. Le bercement d'une coque qui longtemps danse dans le corps. Les yeux libres face à l'horizon, l'esprit affranchi de ses pensées, les perceptions ravivées. La chaleur rouge sur les épaules, l'étreinte mordante des premiers bains, les éclats de mer qui scintillent dans le matin. Retrouver la confrérie de pirates, dont l’immense trésor est de pouvoir jouir –certes bruyamment- d’un sanctuaire abrité, épié par les goélands. Les gardiens mercenaires argentés nous rappellent que nous sommes seulement invités. Chance inouïe, je connais bien Jonathan.

Selon l'influence des vents, l'état de la mère n'est pas toujours 'belle à peu agitée'. Princesse Leia s'est dotée de sa propre échelle. Sir Francis Beaufort s'est peut-être trompé, plus elle est ridée, plus elle est forte et calme.

samedi 3 avril 2010

La chaise est complice d'émotions particulières. Celles où le corps subit une pression centrée sur le diaphragme, imposant une inspiration profonde et une adhésion fusionnelle à l'assise. Tout corps plongé dans une lecture, une écoute, une salle de cinéma, un théâtre peut subir une force viscérale qui le pétrifie sur le palanquin d'occasion. La résonance du sens passe par le corps en le sidérant. Certaines disparitions inexpliquées pourraient être le fait d'un fauteuil vengeur, résolu à une absorption sans limite.

La chaise de bureau sur trépied à roulettes exhibe l'exiguïté du scribouillard étriqué se déplaçant, grâce à l'habileté de son pied, du placard d'archives au pupitre. Ce siège-là constitue un symbole de la castration du youpala. Le youpala est une sorte de déambulateur sur roulettes où le très jeune enfant suspendu dans une nacelle se déplace du bout de ses orteils, atteignant un endroit improbable avec une surprenante vitesse. L'engin procure pour certains une sensation de plaisir immédiat contre une perception durable d'une mauvaise compréhension du monde. Sans compter les risques de chutes mortelles dans l'escalier qui se traduisent quelques années plus tard en joutes verbales validées par une hiérarchie d'accoudoirs.

vendredi 2 avril 2010

L'insolite évidence des rebonds d'idées tisse ses liens. En repensant à un dicton yiddish, les grands-parents et les enfants ont un ennemi commun, une phrase de Monsieur GO, philosophe, me revient, l'éducation est faite de transmission, résistance, création. Une incontournable triangulaire, chérie des spécialistes de la psyché, se met à l'œuvre à perpétuité. 1+1=3, l'humanité semble s'éloigner de la logique mathématique mais retombe sur ses pattes dans l'espace euclidien. La permanence du triangle, symbole absolu, universel, spirituel pénètre toutes les stratosphères. Allo papa tango charlie, voyage dans l'incertitude, rétablissement de l'attitude.

Parent d'un enfant imaginaire, certes. Orphelin du parent que l'on ne sera pas sûrement. Et ta soeur qui bat le beurre.

Princesse Leia raffole des triangles légers, dorés, croustillants. La préparation des feuilles de brick demande des gestes issus d'un savoir-faire perpétué durant des générations de cuisine familiale.

jeudi 1 avril 2010

Tant de héros dans l'ombre de la victoire collective. Un peu comme ceux qui au backgammon n'ont pas les dés avec eux. Excellent niveau de jeu mais rapport au temps défectueux. L'éternelle place du deuxième. Qui se souvient du nom de l'homme qui traversa l'Atlantique après Lindbergh? Que sait-on de tous les hommes qui ont participé à la formidable histoire de la conquête de l'espace sans la lumière de la célébrité. Prisonnière d'une guerre intense de communication, la narration de l'épopée héroïque impose un anonymat organisé des victimes et multiplie les publicités mensongères. Le KGB, féru de rapports officiels erronés, a prétendu que Gagarine était mort héroïquement lors d'un test de prototype top secret. Suite à une défaillance humaine lors de la lecture du bulletin météorologique, Youri s'est crashé avec son avion de travail. Mort sacralisée du héros contre accidents d'exercices domestiques. Ainsi, l'exploration spatiale est constellée de désastres à l'entraînement. Théodore Freeman aurait du avoir une destinée hors-norme compte tenu d'un patronyme seyant pour l'aventure. Cet aspirant astronaute est décédé à trente-quatre ans sans avoir pu prendre part à un vol spatial. Le 31 octobre 1964 une classique collision d'oiseau détruisit entièrement l'habitacle de son avion. Le combatif Théo percuté au visage de milliers d'éclats de plexiglas réussit à faire fonctionner son siège éjectable alors qu'il était bien trop près du plancher des vaches. Le choc fut aussi fatal pour l'oie. Par la suite, d'énormes progrès furent obtenus sur les systèmes d'éjection. Chevillée à ma pile, mes rêveries matinales autour de ces inconnus oubliés me ramènent à l'anonymat ménager de ma propre conquête de l'espace. Même avec une indécente chance aux dés, je sens face à la solitude spacio-temporelle qui m'envahit que ça ne suffirait pas pour obtenir la prochaine victoire.