Qui êtes-vous ?

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reine d'un royaume intime. mère d'une princesse Leia. un entre-deux où je navigue. la nécessité absolue de poser des valises. Plaisir d'écrire, toucher des mots, jeu de cache-cache avec l'infini des images possibles.

mercredi 31 mars 2010

La menace d'envahissement plane. Le quotidien sécrète une expansion désinvolte de livres, journaux, objets exotiques, scientifiques, artificiels. Phénomène endémique récurrent qui ombre l'espace visuel. Aucune défense immunitaire face au débordement mis à part quelques soliloques équivoques pour affaiblir la mise en tension entre anarchie insidieuse et tabula rasa bureaucrate. Les petites piles se multiplient, guettées par la chute ostensible. Devenir archéologue de ses propres traces. Fouiller, trier, ranger, ordonner, s’asseoir sur une pile et relire, redécouvrir, et se laisser aller aux rêveries propices aux pensées désordonnées. Le savoir et le refaire. Recevoir l'approbation totale de mon chat flânant dans le désordre littéraire à la recherche d'un confort bibliophile.


La chambre de Princesse Leia peut ressembler à un cabinet de curiosités.

mardi 30 mars 2010

L'imaginaire artistique est traversé de miroirs. La surface polie renvoie au lisse de la peau tendue, on n'échappe pas à l'érotisme du reflet. Une mise en relation ambigüe entre soi et l'autre. Au quotidien, entre spéculations sensuelles et réfections narcissiques, une plongée mythologique me submerge. La psyché de la salle de bains offre l'empreinte des étreintes au regard, toujours soumis à la première expérience d'inquiétante étrangeté. La matrice stylisée comme symbole de la femme se lit aussi comme un miroir. Télescopage caverneux de l'étymologie. Spéculum, miroir en latin, objet destiné à explorer l'utérus pour mieux en réfléchir l'intérieur. Trajet du rayon lumineux, identité construite par identifications successives, façonnement d'une allégorie érotique, pétrissage circulaire de la pensée, à la réflexion, tout ceci n'est qu'une histoire d'aller-retours.

Le troublant vertige du jeu de la mise en abyme qui utilise la réflexion en miroir. L'enfoncement dans le dédale des reflets comme remise en question du monde.

Les spéculoos. Leur dégustation attise une sincère frénésie. Impossible d’en manger un ou deux, c’est par dizaines. Les utiliser comme une petite cuillère, pour mieux apprécier la rencontre d'un yaourt et du fin biscuit ocré. Là, c’est une concentré de gourmandises, de voyages, de contrastes. Là, je sais qu’il y aura toujours nécessairement un peu d’abstinence pour l'immense plaisir de redécouvrir sous le palais de suaves sensations.

lundi 29 mars 2010

Le babil est machinalement perçu comme un bavardage enfantin futile. Une répétition récréative de syllabes. A une nuance près, il est davantage une escale primordiale dans l'aventure du langage. Les mots nourrissent, caressent, portent, attachent musicalement. L'acoustique comme jeu premier des sons, des rythme, des poésies de la langue maternelle. Le bébé s'écoute en étant accompagné par d'autres voix. Pour parler il faut avoir entendu. L'étendue du malentendu humain se distingue. C'est par les autres que le monologue intérieur s'élabore, et c'est par cette activité psychique silencieuse que l'on se parle à soi-même et aux autres. Le babil, unique alternative pour contredire la confusion des langues. Une fois de plus, les lettres nous jouent des tours, babil n'est jamais loin de Babel.


Des livres, encore des livres comme cadeaux de naissances. Ils durent bien plus longtemps qu'une somptueuse grenouillère en velours rasé.

Ou li bou niche la ca ni pon.

dimanche 28 mars 2010

J'attire l'attention des étudiants rencontrés récemment sur le coup du bélier. Ce phénomène hydraulique apparaît suite à une variation soudaine de la vitesse d'écoulement d'un liquide qui fait voler en éclats une conduite. Il s'agira toujours de condamner la résolution du problème par la mise en place d'un antibélier. A ce jour, la réponse est irrecevable.

Rappelons que la belette belotte, le bélier blatère. Sans dé.

Perde une heure, gagner une année, en une seule nuit.

Princesse Leia aime les fontaines romaines. Dolce vita!

samedi 27 mars 2010

Les Diaforus contemporains se sont éloignés de la théorie des humeurs qui éclairait la santé du corps en fonction de la circulation de ses fluides, eux-mêmes sous influence du temps qu'il fait, du temps qui passe. L'actuelle introspection technique de nos corps dissipe l'attention individuelle à la chair et ses liquides. Cependant, le langage courant maintient le branchement en soulignant la bile de l'inquiet, le sang du coléreux, les tripes de l'excessif. Il ne s'agit souvent que d'excès ou de manque. Au printemps, la démesure bacchanale peut entraîner une révolte du corps qui expulse alors une quantité variable de liquide et autres viscosités. Cette approche de la physique pourrait séduire quelques étudiants intéressés par la mécanique des fluides.

Humeur et humour ont une racine commune latine humor. Le O et le E s'amusent à changer de place pour mieux se retrouver dans le cœur.
Plus subtil que le jeu de mots, le jeu de lettres.

jeudi 25 mars 2010

En 1955, Einstein (encore lui) meurt d'une rupture d'anévrisme. Selon ses souhaits, il fut incinéré et ses cendres réparties dans un endroit encore tenu secret. Dernières volontés respectées à quelques grammes près. Le médecin légiste en charge de confirmer les causes du décès préleva la matière grise avec l'incroyable audace de raser la célèbre chevelure pour mieux dégager la renommée boîte crânienne. Anecdote banalement laborantine. Sous une apparente démarche scientifique, la tentation était grande de mettre à jour un quelconque lien entre physiologie de la cervelle et matérialisation de l'exceptionnel génie, l'apprenti barbier se dota d'une relique phénoménale. Il va jusqu'à convaincre de l'extraordinaire opportunité de faire avancer la science, et promet une discrétion sans faille sur l'avenir du cortex au fils d'Einstein. Absolument pas spécialiste des neurones de la tête, il découpa tel un salami le fameux cerveau en quelques tranches, et conserva le tout dans des bocaux de cuisine formolés pendant plus de vingt années. Si son épouse avait été éprise de cuisine japonaise, n'aurait-elle pas été tentée de cuisiner quelques cubes de tofu?


Étrange concept que de débiter un cerveau pour mieux le comprendre. Et pourquoi pas dresser les rondelles d'un cœur sur l'inox glacial d'une morgue pour se saisir du sentiment amoureux?

mercredi 24 mars 2010

Peu après la naissance de princesse Leia, une furieux besoin de montre m'étreignit. Un objet solide, capable de mesurer le temps avec la rigueur attendue du métronome infatigable, de borner ce nouvel espace-temps qui s'ouvrait. Bouleversement émotionnel qui déroule sa frise chronologique imparable. Avant, maintenant, après. Passé, présent, futur. Je ne connaissais la mesure qu'à travers de bucoliques notions de solfège alliée à une passion insatiable pour le mouvement et son amante la musique. Affronter la persévérance d'un quotidien dépecé en une succession de temps ritualisés capable de transformer la pyramide des besoins de Maslow en une crème renversée de cantine. L'expérimenter jusqu'à faire craqueler les repères psychologiques. Donner du temps au temps. De cette absurdité sémantique naît une représentation quasi philosophique du réel, sortir enfin de la linéarité temporelle pour vivre l'intemporalité de l'instant. Pourquoi ne pas délaisser l'incontournable guide d'attente des 9 mois et offrir une version allégée de la théorie de la relativité d'Einstein aux futures mamans? Cette idée de courbure de l'espace-temps pourrait en faire gagner. Entre temps, ma montre est devenue molle.


La part de judaïcité de mon héritage tente de me faire soupirer en pensant à l'avenir. De temps en temps.

mardi 23 mars 2010

Parler de la pluie et du beau temps. Futile, certes, utile, assurément. Loin d'adhérer au déterminisme forcené d'une théorie des climats réduisant la singularité d'un peuple à ses conditions géographiques de vie, je ne peux que réprimer ma révolte individuelle face à la dictature humide de l'évènement climatique. La constante blancheur grisâtre d'un ciel pesant inverse le cours du temps. Comme une balle de ping-pong enfermée dans une salle de squatch nos perceptions rebondissent sur les murs d'hiver. L'été n'existe pas. Mon ostéopathe m'a alerté de l'influence de l'humidité sur la rate. Cet organe vital est un formidable écrin à chagrins qui se nourrissent des contrariétés quotidiennes pour mieux survivre. Au secours Baudelaire, le spleen est conquérant. L'incroyable vitalité de la chaleur indolente. Je vais acheter une crème solaire. Pour être prête.

Princesse Leia teste un nouveau chemin pour Rome.

Pluviôse rime avec névrose.

dimanche 21 mars 2010

L'auteur le plus lu au monde, traduit dans plus de 70 langues, a grandi près d'une mère quasiment sourde, ne pouvant pas s'exprimer, ne sachant ni lire ni écrire. Il a vécu dans le silence d'un environnement sourd, soumis. L'absence, l'incapacité de dire comme terreau de l'immense œuvre d'Albert Camus. L'absurde naît de l'impossible rencontre entre le cri d'un homme et le silence insensé du monde. Lire tout Camus, non comme réponse aux injonctions politiciennes du ministère de la culture, mais pour encore mieux se saisir des réponses humaines. L'ampleur du projet m'accule aux murs de la bibliothèque. Considérant qu'une année complète ne me suffirait pas, cette entreprise ramène à planifier une sélection réduite de choix littéraires pour les éventuelles décennies à venir. Moi qui voulait aussi découvrir l'entière filmographie d'Ernst Lubitsch. Ayant des besoins fidélisés de sommeil, renonçant à rationaliser mes féminines insomnies, et soudoyant facilement mon goût de l'effort, il ne me reste qu'à continuer de picorer, goûter, chercher grâce à Camus et tant d'autres ce que seuls les mots peuvent nous dire.

Pouvoir dire Re-lire tout Camus.

vendredi 19 mars 2010

Le flou me fascine. L'image d'un mouvement retenu mais jamais soumis, murmure dans un souffle son émoi. Le flou est vivant. Il donne à voir l'indicible, révèle en dérobant, éclaire en voilant. Une incertitude hasardeuse vient troubler la rencontre. Face au déluge d'informations, au débordement de messages, de communication efficace, le flou souligne dans l'absence de contours précis la nature de la relation à l'autre. Une buée magique enrobe le lien. Un mauvais réglage optique met en boîte la netteté et donne de l'espace.

Il paraît que l'œil myope est trop puissant. Il résulte surtout d'un réglage optique défaillant. Le myope est peut-être un photographe démuni.

jeudi 18 mars 2010

Un grand merci à Brillat-Savarin et ses méditations: la gourmandise ne mérite que éloges et encouragements. De péché elle prend le statut de vertu, ce qui en soit reste toujours sous influence très religieuse. Mais surtout elle s'éloigne désormais de la gloutonnerie, de la goinfrerie pour mieux affirmer son plaisir dans le dialogue avec la nourriture. Le plaisir du goût flirte avec le plaisir des mots. La bouche respire, aspire, tète, avale, rit, embrasse, chante, grimace, dit. La gourmandise est sonore, le plaisir est vivant, les mots ultimes. L'ombre des excès moralise l'art gourmand. Seuls les mots donnent du sens au plaisir de la nourriture, à l'attente, aux choix, à l'élaboration complexe qui excite les papilles. Régal des sens. Des couleurs gastronomes, un beurre qui frétille dans la poêle, des effluves volatiles, une émulsion si légère, une caresse friande. La gourmandise est rebelle. Se moquant des interdits, elle déclare sa flamme à qui veut l'entendre.

Princesse Leia suffoque entre monarchie absolue, constitution et consulat. Aucun respect pour la période révolutionnaire et sa déclaration des droits de l'homme. Sans parler de tous ces cuisiniers et maîtres queux travaillant pour des aristocrates qui ont enfin pu ouvrir leurs restaurants.

mercredi 17 mars 2010

Il y a des rires d’enfants dans la cour, un cœur serré dans la coulisse, les poils que l’on cache sous un gilet alors qu’il fait si chaud, toutes les premières fois des autres, un nom que l’on reconnaît sur une liste, une jeune fille blonde sur un solex séchant ses cheveux dans le vent, une étoile filante dans le ciel méditerranéen, l’affreuse cigarette allumée à l’envers, les glaçons qui dansent dans le rhum, les garçons qui dansent avec le rhum, les coupes qui se rencontrent.
Il y a les nuits blanches, les jours gris, les semaines bleues, les matins doux.



Il y a des monstres quelque part dans nos abysses.
Un corps aérodynamique, des tentacules démesurés qui cachent un bec puissant, l’œil envahissant, le regard intentionnel, le psychopathe des mers du fond hante notre imaginaire et quelques réalités. Patients ils attendent dans l'indigo profond. Ils nous leurrent, attendent. La menace est là. Tous les marins de l’histoire de nos océans le savent. Ils sont dessous, nous observent, nous inquiètent, nous provoquent.
Ils ne se font jamais complètement oublier.


au menu ce soir, salade de poulpe, calamar à la plancha.

mardi 16 mars 2010

à la recherche de l'escarpin perdu. Quête du Graal, non, mais la poursuite sans fin d'une évocation féminine idéalisée. L'escarpin noir des années 50 qui éternise la féminité dans la hauteur dessinée de son talon. Au repos, sa subtile courbe érotise déjà la cambrure, le cou de pied. Avant même d'être en mouvement, l'escarpin évoque le sillage inouï d'une allure, d'une séduction vertigineuse. Obscur objet de désir, l'escarpin m'enlace irrésistiblement au cinéma. Cendrillon nous avait parlé à demi-mot de la puissance érotique du pied lorsque son prince fou de désir la course dans tout le palais aux douze coups de minuit (sacré coquin). Soit. Mais aucune censure hollywoodienne n'a pu réprimer l'explosion sensuelle du talon aiguille. Objet de désir, objet de plaisir, parfois de souffrance lorsque le pied comprimé oppresse l'élégance. Si Freud était né un siècle plus tard, combien de pages noircies sur ses carnets à ce propos?

Marinière, jean, converse. Classique.

lundi 15 mars 2010

On attribue un mérite humanitaire trop partial à Noé. Toute une histoire d'animaux, d'arche, et d'eau, beaucoup beaucoup d'eau. On oublie le vin. Cet homme a tout de même sauvé une vigne, l'a plantée puis s'est enivré. La petite fête a un peu dégénéré, il s'est retrouvé nu comme un ver (verre!), et rien ne sert d'épiloguer sans fin sur les conséquences de sa toute première beuverie. Nous sommes nombreux à lui être redevables. L'indispensable ivresse aimable. Pas celle qui accueille la pesanteur de nos tristesses. La nécessaire ivresse heureuse repoussant les limites de la conscience sans les absorber, excitant le réel, réchauffant les chimères endormies. Un condiment de la vie. L'excès de sobriété entraîne une fadeur tellement disciplinée. J'ai tendance à saler les plats avant de les goûter.

l'immense plaisir du thé solitaire. Préparer une tasse de thé. A peine tiédie, l'avaler goulûment. Parfois l’oublier, puis la retrouver, la déguster froide, un peu âpre et tellement désaltérante. La tasse de thé accompagne. Vert de plus en plus, le thé ponctue mes journées, mes après-midi, rarement mes soirées. Sucré, j’aspire sa dernière goutte comme un sirop, neutre je sens une porte s’ouvrir vers un orient. S’orienthé ?


Princesse Leia aimerait les gallon de lait des frigos américains.

vendredi 12 mars 2010

Vivre dans un village près d'une église produit plusieurs effets. Chaque semaine l'idée de la mort sonnaille avec l'unique cloche agonisante du glas. L'absurdité existentielle nargue ceux dont l'oreille n'échappe pas à la récurrence sonore. Parfois des images confuses accouplant des Parques à une faucheuse sous les yeux de Mishima, comme un condensé d'histoire de l'art défilant à vive allure dans les teintes sombres d'un tableau d'Egon Schiele, imposent un zapping involontaire. Un réflexe comptable peut s'opérer comme mécanisme de défense se calquant sur le principe de dénombrement des moutons de l'insomniaque. Un auto bavardage futile s'émulsionne en croisant des informations, l'enterrement est à 15h00, elle n'était pas si âgée, il était malade. Quelques fois, il y a juste un besoin d'inspirer plus largement pour distendre l'espace trop étriqué des émotions. Et regarder l'horizon.


Certaines personnes rayent des noms sur leur répertoire. Mais sous l'égratignure nerveuse les lettres continuent de signifier.


J'ai des pulsions meurtrières envers certains publicitaires. Pourquoi est-ce que régulièrement l'ami Ricoré vient me contrarier?

jeudi 11 mars 2010

Il est des mots qui nous fascinent, qui résonnent et que l'on aime à répéter inlassablement dans sa tête jusqu'à en extraire toute notion de sens et jouir d'une invraisemblable musicalité. Serendipity. Ce mot possède en valeur ajoutée l'extraordinaire qualité d'échapper à une traduction littérale. Cinq syllabes qui dévoilent l'art de faire par hasard des rencontres et des découvertes heureuses. Et voilà, la tentative de désigner, le mot s'échappe alors comme un papillon de printemps en laissant multiples traces dans notre mémoire. Hommage éternel à Horace Walpole qui écrivit en 1754 ce mot inspiré par un conte persan Les trois princes de Serendip. Mille et une évocations gourmandes. Nous y voilà! Un été très chaud des années 80, 225 east 60th street NYC 10022. Dégustation d'une friandise américaine extrêmement chocolatée dans un réputé coffee house nommée Serendipity. Commencement d'un long batifolage dans cette nouvelle contrée.


Depuis bien longtemps, Princesse Leia adore le mot Basilic.


Une salle d'attente bilieuse. Une femme blonde, son regard vert scrute la moindre faiblesse des individus présents. Un trop lent battement de cils traduit sa propre fatigue. Elle lutte, guette secrètement celui ou celle qui, dans un soupir de profonde exaspération, va se lever, quitter la pièce avec une rage mêlée d'un flagrant renoncement, et lui laisser entrevoir une réduction de peine. L'espace d'une seconde, son visage me transfère dans une scène de on achève bien les chevaux. D'inombrables appels téléphoniques en attentes interminables j'ai réussi aujourd'hui à obtenir ce fameux imprimé n° 0101300002500 après 2h08 de soumission administrative, menacée par une atrophie progressive de mes membres inférieurs moulés dans une assise en plastique déformé. Merci M. Sydney Pollack, je n'aurai pu tenir sans votre soutien.

mercredi 10 mars 2010

Le frottement aux autres lui donne un aspect granuleux adouci par une rondeur suave, presque délavée. Rencontres, corps à corps, accrochages, collisions. Chaque secousse sculpte avec une force sismique ses courbes. Telle vague, plus puissante, entrechoque, initie un nouveau jeu de places, le place exposé au sommet ou soudainement à l'abri du regard. La douce usure des uns tout contre les autres dans la fluidité remise en jeu.
Le galet est en quelque sorte un fantasme d'harmonie collective. D'où peut-être cette force hypnotique qui apaise le regard pour ces fragments de roche aventureux. Mais quelle souffrance pour nos pieds que d'avancer vers l'eau désirée en traversant un champ de graviers hostiles aux arètes dominantes, acérées, aléatoires.

Des milliers de flacons renfermant des milliers de petits trésors de verre dépoli découverts sur la plage.

le cliquetis des emeraudes sous-marines de la plage de Nonza.

mardi 9 mars 2010

L'accumulation est une perversion poursuivant l'humanité. La vue d'un albatros en décomposition avancée, empoisonné par un amoncellement interne d'une nuée de brisures chimiques, polyéthylène, polypropylène, mousse polystyrène, me renvoie à d'autres nuits, d'autres brouillards, d'autres haines. Plus jamais ça devient encore toujours ça. Les obsessions artistiques qui mettent en scène les accumulations deviendraient-elles visionnaires? Une humanité réduite à étouffer sous ses déchets, comme un homme asphixié par son propre gaz carbonique dans un cercueil trop petit. Non cette ombre obscure n'est pas fatale, il existe nécessairement une internationale de résitance pour l'humanité.
Sinon, ça va. Je résiste à cet hiver qui s'obstine à éroder mon mental.


La voix de princesse Leia qui chante dans l'engourdissement du matin.

vivre avec un adolescent c'est entrevoir un renouvellement de résistances, d'éveil au monde, de matières d'échanges, de flux. Une possibilité inouie d'interroger, d'inventer, de récréer le monde.

lundi 8 mars 2010

l'autocratie de mon chat est inébranlable. Cet accomplissement m'impose une acceptation totale, fascinée par la toute-puissance féline. De l'inconfort d'une posture pour lui laisser le choix de la sienne au respect absolu de la succession de rituels élaborés, son charisme infini éclaire mon consentement dévoué. L'expérience raffinée de la sérénité. Mais que dire de la rafale de scuds qui atteint ceux que j'aime lorsque mon corps se vrille sous la colère qui anéantit le puit de tolérance inspiré par mon chat?

Princesse Leia avoue en se couchant : "les autres parents pourraient être jaloux".

Le vent glacial et colérique émiette ma bonne humeur.

samedi 6 mars 2010

Plongée dans les eaux sombres d'un lac des signes. Des "I got you" à une pierre fine colorée. Un père et passe, rebonds d'îles lointaines en contrées incertaines. Prince Éric rencontre une sirène méditerranéenne. Une reine, si, si. Cassiopée veille.

à la lune, à la deux, à la trois.

Être mère plus facilement que maman. De la dépendance absolue à la dépendance relative, quel apaisement de voir son enfant prendre ses distances, chercher, tâtonner, développer ses ailes. Redessiner ses propres contours. Princesse Leia grandit. Toujours cette correspondance d'échos. L'adulte peut enfin prendre en charge la désillusion de soi de l'adolescence oubliée. Non je ne serai pas une danseuse exceptionnelle. A ce qu'il paraît.

la beauté intérieure se dit elle. Son reflet dans le miroir scanné, elle déplore la grisaille inégale qui chiffonne son visage le matin, lisse sa peau froissée avec une gestuelle mécanique, soupire. Une inspiration plus profonde, l'axe de son nez se relève, les épaules s'ouvrent, et telle Scarlett dans la bibliothèque, elle rosit son teint en pinçant ses pommettes du bout des doigts. Pas une pincée de grand-mère en mal de douceur sous ses mains, non, mais un allegretto grazioso dans un premier mouvement matinal. Un sourire désarme la tentation de reddition et apprivoise l'image. Allons-y se dit elle.