Qui êtes-vous ?

Ma photo
reine d'un royaume intime. mère d'une princesse Leia. un entre-deux où je navigue. la nécessité absolue de poser des valises. Plaisir d'écrire, toucher des mots, jeu de cache-cache avec l'infini des images possibles.

lundi 6 décembre 2010

Apparaître, disparaître. Avant après, haut bas, jour nuit. Les oppositions spatiales nous traversent, chaque saison engramme un peu plus profondément l'alternance de cycle de mort et de renaissance, de lumière croissante et décroissante. Partir à l'aventure de la lumière, quand une déchirure radieuse éclaire le ciel nocturne de ses draperies mystérieuses. Les fantômes lumineux irradient les ténèbres. Les voiles ouvertes, colorées ondulent dans une fabuleuse lueur. Devenir chasseur d'aurore boréale pour guetter au quotidien cet éclat de jour à la sortie de la nuit. Invictus.

Tracer son chemin sur les pavements noirs et blancs de l'échiquier. Me manquerait t-il le subtil cristal des ultimes fantaisies des derniers jeux vidéos?

lundi 29 novembre 2010

Rendez-vous avec l'inéluctable réalité de l'instant. L'avant et l'après se pulvérisent. Devenir soudainement une fragile béquille de la détresse, de l'insondable souffrance de nos proches. Continuer d'avancer pour ne pas les laisser s'écrouler, implacable survie d'une humanité dans l'effroyable silence d'un cœur qui cesse de battre.

Et dans l'impensable muet, le sécateur d'une Parques.

jeudi 25 novembre 2010

Pas de frivole froufrou pour fringuer dans le frimas. Fricandeau, frigousse et autres fricots pour satisfaire nos fringantes fringales. Frisson d'une friponnerie friande pour de frémissants frétillements. Le temps de la fronde unie contre la frigorique friche est venu. Révolutionnaire frimaire.

La réalité continentale enserre nos épaules. Le corps se hérisse sous la crispation glaçante. Un crépuscule humide dans la tête. Et la lenteur d’un mois qui ne s’écoule pas. Tiens, une journée formidable.

lundi 22 novembre 2010

L'accroche sonore d'une mine de graphite sur le papier me grise du bout des doigts. La matière surprend la souplesse dans la légèreté, durcit le poids dans sa sècheresse. Dans les pleins et déliés de nos lignes intérieures, des ancrages variés, des plumes oubliées. La courbure de nos desseins se perd dans une possible douceur de l'aléatoire. Calligraphies enchevêtrées, lettres du moi, de l'autre, du nous. Rythme syncopé du flux graphique. Geste arrondi ou angles répétés, la constance de l'écriture protège du vertige temporel. Suggestion : offrir un coffret de crayons pour un anniversaire, évènement qui revient tous les ans soulignant notre besoin vital de trace.

à l'ère du calame numérique, princesse Leia devient experte.

mardi 16 novembre 2010

Le bouquet oublié. Le souvenir de la délicatesse des mains harmonisant les fleurs reçues avec bonheur se dissipe, laissant le visuel d'un feuillage en décomposition adhérant au verre, de pétales fripées, et en prime une odeur entêtante de rabougri automnal. A quel moment se séparer des fleurs coupées? Le petit sursaut de vie végétale, qui dans un élan d'affection sensible nous comble, est voué à disparaître. Et pour maintenir la douceur du don, l'issue est différée. Pourtant la brassée de pivoines déjoue le soin palliatif floral. Son sensuel épanouissement échappe à toute complainte, offrant une beauté sensorielle qui s'arrondit dans le déclin et laisse place à un souriant étiolement.Il en est de même pour les saisons. L'obscurcissement progressif accompagné d'un délabrement de feuilles qui se détachent sans vie ligote l'automne. Comment ne pas évoquer les bouffées tanniques, les campagnes crépitantes, les fulminations humides? Aujourd'hui apprécier d'entendre la pluie fouetter la vitre qui m'abrite, laisser mon esprit musarder dans le rouge garance des vignes vallonnées avoisinantes et le fumet des mousses de chêne.

Princesse Leia construit ses socialités comme un architecte: recherche de volume, qualité environnementale, circulations relationnelles.

samedi 13 novembre 2010

États du corps. Les délimitations et indélimitations selon Francis Ponge. Par nos cinq sens, nous avons une connaissance de l'enveloppe charnelle, étoffe de nos perceptions qui construisent dans l'esprit l'image du corps. N'existe-il pas sous la peau un sixième sens capable de nous faire ressentir nos intérieurs? Un sixième sens dans l'intuition corporelle pour nourrir le suc relationnel et imaginaire. Fascinante et complexe réalité souterraine. Un sixième sens entre la pesanteur et l'apesanteur. L'expérience renvoie aux métaphores usuelles. Le cœur léger ou gros, un poids sur l'estomac, peser ses mots. Les mots du corps, corps et graphies.

Répéter un mot, encore et encore, jusqu'à l'évanouissement du sens, puis jouer avec l'objet sonore.

mercredi 3 novembre 2010

Phénoménologie des petits matins. Quand le souffle des anges invisibles tente d'alléger la pesanteur du repos, une ferveur captive les mains palpant l'oreiller. Le clair-obscur du nonchaloir matinal laisse émerger une déroutante fréquence de courts rêves. Au rythme des battements d'ailes, les errances saccadées du dorveille éloigne encore un peu la séparation de l'aube. Se lever, partir, chaque matin se pare d'une idée d'aventure. L'imagination s'empare du territoire. Se laisser glisser dans un jardin des sens, bientôt la blancheur du jour, le craquement des griffes félines, la chaleur du drap sur le corps, la douceur du peau à peau. Diane chasse Vénus. Violence inouïe des doigts s'écrasant sur l'effroyable réveille-matin.

Un grand-père de princesse Leia fut fondateur d'un cogito-club.

lundi 1 novembre 2010

Développement durable. Confrontée à un changement d'écosystème, il s'agit de trouver les ressources pour une adaptation nécessaire. Maintien de continuité dans la succession de petits changements ou choix de rupture avec le choc d'une grande perturbation? Pour sortir de l'inquiétude immobile qui maintient dans le doute, quel aiguillon va stimuler la transition? La poussée du pied sur la paroi de la piscine donne l'impulsion qui perdure dans la portance du corps à la surface de l'eau. Propulsion pérenne gratifiante. La métaphore demeure pénalisée par l'aversion difficilement quantifiable d'un pied timide découvrant une pataugeoire polaire avant de fouler le carrelage collectif pour atteindre le bassin d'exploit. Une nouvelle fois s'attaquer à un vide-grenier mental pour procurer l'élan vital.

Et puis parfois, là, l'impulsion d'un autre.

mardi 26 octobre 2010

Le lac des cygnes. Derrière la façade académique relayée par des années assidues de sovietisme, le divertissement est balayé par la force symbolique. La musique nocturne de Tchaïkovski nous livre un romantisme dans l'entière violence de son mouvement. Visité, revisité par de brillants chorégraphes, le lac nourrit mes souvenirs, mes rêves, mes consciences. Manifeste d'une nature puissante et dangereuse, il appelle l'irrationnel, l'inconscient dans une intensité qui dévoile le trouble de l'inatteignable. Quand un cinéaste s'en inspire pour nous transmettre sa vision du sacrifice, de la foi comme engagement douloureux, du lien qui fonde une communauté, je suis submergée. Des hommes, des dieux, des artistes.

Le verbe grec lakein signifie déchirer. La filiation des mots burine nos ressentis. Le lac est une déchirure, lacération de notre écorce terrestre.

mardi 19 octobre 2010

Jour de pluie. Les gouttelettes d'eau grignotent la transparence du verre. L'épanchement crée une nouvelle matière. A la surface de l'être, des vallées tracées par l'écoulement de larmes. Les collisions silencieuses dans la rencontre de solitudes multiples épousent des reliefs érodés, anastomose d'espaces de connexions. La géologie pourrait nous renseigner. La cause de l'érosion linéaire est à chercher dans l'énergie du ruissellement. Or la maturité ne connaît pas de logique linéaire dans la topologie tourbillonnante de l'existence. Le visage porte les sédiments de nos face à face, le regard lavé éclaire les empreintes de notre altérité. Dans l'équilibre pendulaire des crues envahissantes et des assèchements délétères, une géodynamique peut nous guider dans nos formations, déformations, transformations.

Princesse Leia aime toujours rafraîchir sa joue en l'écrasant sur la vitre automnale, et suivre du regard le doigt qui dessine dans l'écho de son souffle.

jeudi 14 octobre 2010

Révolution. Poing serré vers le ciel criant sa victoire ou sa colère. Le rituel se transmet collectivement comme signe universel de reconnaissance d'une force. Les doigts repliés, cintrés par un pouce vigoureux s'élèvent, défiant l'angoisse latente des passants qui se croisent sans s'apercevoir. Le corps se manifeste alors par une légère régression dans la supposée agression. Le poing se referme près du corps, le pouce se cache dans une flexion automatique de nouveau-né. L'adaptation se veut sécurisante dans la recherche de chaleur tactile, dans la pression d'une douce douleur de ce pouce enfoui dans un cocon de doigts chauds presque étouffants. L'énergie se concentre dans l'invisible profondeur de la tension, le mauvais rêve éveillé ride la calme surface des apparences. En langue des signes, prendre et lâcher s'illustre avec le même geste, un poing fermé, seul le sens du mouvement change. Le lâcher-prise sémantique percute le non verbal de nos révolutions. D'un côté l'engagement dans une prise de position, de l'autre le relâchement nécessaire pour l'évolution.

Dans l'entre-deux, laisser ses doigts composer quelques mudras.

mercredi 6 octobre 2010

Le luxe ruine le riche et redouble la misère des pauvres. Diderot. Au-delà des dépenses somptuaires et du fastueux raffinement existe un défi qui repousse toute idée de morale dans un brouillard inter-galactique. Le luxe voyage dans la créativité et l'innovation. Espace-temps à retenir: Londres, 27 octobre 2010. En ce lieu, ce jour-là, sera vendue l'Aston Martin DB5, inoubliable voiture de James Bond. Les courbes frémissantes de la carène cache un dispositif anti-radar certes surévalué mais largement appréciable: plaques d'immatriculation pivotantes et de quoi mettre en rade tout un bataillon de police routière avec vaporisateur d'huile, épandeur de clous et générateur d'écran de fumée. Pourquoi ce cher Sigmund brandit si vite et avec force ses deux affiches fétiches, principe de plaisir, principe de réalité. Pur fantasme que le rêve d'invincibilité qui gagne le citoyen lambda au regard d'un compte en banque se réduisant à une peau de chagrin. Il s'invente alors une autre idée du superflu. La consommation nous consumerait-elle?

Pourrait-on immerger ses résistances dans un bain d'huile très chaude pour avoir le loisir de les voir s'arrondir, se bomber, s'ébouriffer, se dilater, s'offrir comme un grain de maïs se muant en une petite fleur de lys sonore?

mardi 5 octobre 2010

Injonctions paradoxales d'un service vocal interactif. Oui, Non. L'énonciation monocorde impose sa monotonie plombée. L'écouteur distille une suave voix féminine dont l'intensité lyophilisée rivalise avec une tessiture nivelée. Quel regard peut on associer à cette absence d'émotions? L'identité sonore formatée contrôle par sa rondeur anti-anxiolytique la perception d'une sympathie crédible. Pendant que je raisonne, la voix feutrée résonne. Armée d'une relaxation de carte postale, habile, elle me susurre l'idée d'évasion ramenée à une plage bordée d'un lagon tout en m'intimant l'ordre de réitérer ma réponse. Tel un bernard-l'hermitte assailli, se recroqueviller dans la coquille accueillante du passé, écouter le cliquetis de jeunes opératrices polies jonglant avec multiples prises pour faire fonctionner les premiers réseaux de téléphone manuel. Raccrocher, soupirer, encore.

L'idiotisme animalier a de beaux jours. Quelques conduites hermétiques tendent à souligner l'influence de l'huître.

mercredi 29 septembre 2010

Inventaire. Un œil de sainte Lucie dans toutes poches imaginaires, une mouche tsé-tsé apprivoisée, un manteau de plumes qui changent de couleurs, un bateau qui m’attend quelque part, une boîte à nuage, un miroir myope, un palangre magique, une cigale effrontée, des embruns gourmands, un pince-moi-je-rêve, des poids de suspension, des coffrets de larmes.
J’ai beau fermer le magasin toute une journée pour cause d'inventaire, l’humeur quotidienne sape le travail d’équipe.

L’allégresse de princesse Leia inonde et finalement noie le maussade enjouement de la reine-mère.

mardi 28 septembre 2010

Entre le vide immédiat de l'ennui et l'énergie projetée du désir, il y a l'attente. Plutôt une succession d'attentes. Bornes irrésistibles pour donner du sens au temps. Entre l'oubli ou le déni du dénouement et l'excédent fantasmatique, les fils d'attentes s'allongent, s'emmêlent, prêts à entrelarder notre rôti d'affects. La colère, impatience exacerbée, n'est qu'un accroc dans la toile tissée par l'attente. Perpétuelle oscillation suspendue entre doute et certitude. Le passé n'existe plus, l'avenir n'est pas réel. De vouloir pétrir le présent, fatigués nous sommes, dixit maître Yoda. Sortir alors son zafu et visionner les trilogies de Georges Lucas. Contre toute attente, à défaut de méditation, certaines médiations prévalent.

Pendant dix ans le chien Hachiko a attendu son maître décédé. Chaque jour, le chien fidèle se rendait à la gare de Shibuya, restant sans bouger au rendez-vous habituel. Quand la certitude attente à la vie.

lundi 27 septembre 2010

Dans la rue, le bourdonnement silencieux des soliloques piétonniers a laissé place à un barouf brouillé, monde des ondes oblige. Des bribes de dialogues unilatéraux envahissent l'espace, avec un cortège de sourires ou d'agacements selon l'état du récepteur. Blablabla exhibé de ceux arrimés à leurs téléphones comme on tête une cigarette. Des écouteurs, de la musique, imaginons ce déferlement lorsque le corps prendra le dessus. Chacun selon son rythme générant une chorégraphie, à l'arrêt de bus, en traversant, en se croisant. Bien sûr, on ne se regarderait pas plus, on ne communiquerait pas plus, mais l'observateur attentif serait comblé.

B.A. BA. Brel, Brassens, Barbara, Beatles, Bashung, Beethoven, Bach, Bernstein...
Balbutiement musical, Berceuses originelles pour un alphaBet infini.

vendredi 24 septembre 2010

Corps et Pondérance. Inclination à l'équilibre, à la nuance, à la balance et contrebalance. Filiation indémêlable de l'attitude à l'aptitude. Correspondance. L'impulsion du mouvement, élan vital, exerce sa fascination. Interruption brutale de mon monologue intérieur alors qu'installée dans une petite pièce sombre, je découvre les clichés affichés sur l'écran blanc trop lumineux. Troublante image fixe d'un corps exposé dont l'opacité floue des tissus soustraits brouille la légitimité du propriétaire. Comment donc, se reconnaître dans cette brumeuse structure de squelette qui apparaît comme un arbre isolé d'une forêt hivernale après fonte des neiges. Suspendue dans un temps et un espace transi, la radiographie anéantit la mémoire, infatigable travailleuse inscrivant nos faits, gestes, pensées dans nos corps. L'inconnue mathématique rayonnante révèle à la médecine une intimité déroutante. Se rhabiller, vérifier qu'aucune nouvelle technologie ne puisse sonder l'irréalité des propos privés, et faire alliance avec cette architecture avant qu'elle ne défaille. En un mot, pondérer.

On ne lui demande plus lors d'un examen s'il existe une possibilité de grossesse. L'appellerai t-on encore mademoiselle?

samedi 18 septembre 2010

Posture imposée impossible. Tordre, malaxer, occulter, déformer, reformer, continuer à faire semblant. Songe envahissant de celui qui ment sur sa nature. L'acte d'imposture en tant que survie se fracasse sur une ligne de démarcation floutée entre réel et imaginaire. Les difficultés d'être soi jouent à cache-cache avec certaines crises identitaires, l'imposture renvoie à la vanité de le nier. Soudain un psychisme individuel emporté dans la mise en scène d'une illusion collective vient pulvériser l'apparente cohésion. L'imposteur existe tant que l'autre y croit. Le dictionnaire reste une valeur sûre: impossible n'est jamais loin d'imposture.

Parade nuptiale autour du prince charmant. La faussaire contemple son masque dans le miroir. Que lui réserve son passé?

mercredi 15 septembre 2010

Zoom sur les fragments du quotidien où le corps cède au despotisme d'un maelström cérébral. Changements inconséquents d'itinéraire. Remonter quelques marches, les redescendre, gravir à nouveau avec célérité, dés-escalader dans un embarras envahissant. Le séditieux oubli se loge dans le cortex, perdu alors dans un étouffant vortex où la prise de décision s'apparente à un diagramme mesurant les variations de pression atmosphérique. L'irruption du déraisonné en public peut donner lieu à un recoiffage instantané, une justification orale indistincte, un sourire de complicité espérée... vous aussi, n'est-ce pas?
Parfois l'extinction de la minuterie provoque un arrêt sur image. Le noir fige l'inspiration, ouvre le regard, effleure le pavillon. Réveil des sens dans une ténébreuse cage d'escalier. L'alarme à l'œil dans l'obscurité prend en flagrant délit l'incontinence mentale et prononce la sentence du ridicule.

L'adolescent trouve le courage d'oser s'user dans la moelle de l'enfance.

mardi 7 septembre 2010

Les raisons de la colère. De la boursouflure individuelle à l'hostilité collective, le brouillage de repères dans le bazar environnant maintient ab irato. Le sentiment d'injustice nourrit le fléau de la courte folie. Jongleur à risque dans un ensemble de galimatias burlesques, il nous faut résister à la perte de mémoire et de sens. Pigmentation affirmée, souffle volcanique, colorature complexe, la mise en tension ne se soulage qu'à travers le cri. Voilà l'essence même du choléra de l'âme, incroyable ambiguïté du rapport soumission/insurrection. L'accessit passe par une affirmation de valeurs, pare battage à l'ignorance, aux allants-de-soi, aux projections, à toute manipulation des esprits. Se mettre à table et graver à infinitif présent sur son fronton: Lire, Écrire, Festoyer.

Plus que les stages de développement personnel le surinvestissement ménager peut faire office de décharge à moindre frais. Un anglais créateur d'aspirateur efficace quoique sonore l'a bien compris.

mercredi 1 septembre 2010

Rentrée scolaire, rentrée littéraire, rentrée des parfums. La mer encore conviviale, orage mélancolique, énormes vagues à sauter. Des fêtes pour retenir le temps. Éternelle école qui redessine son rythme, balise sur une route apparemment sûre et toujours inédite. Odeur des crayons, du papier, des cahiers neufs. Matière éphémère dont l'impalpable crée le voyage imaginaire. La sculpture olfactive prend le pouvoir du triangle sensation, émotion, représentation. Un vieux coffret en bois méconnu que l'on ouvre avec lenteur et transgression, boîte à trésors perdus. Enfance, langage, senteurs. Parfum source de plaisir, satisfaction physique et psychique dans une aura sensuelle choisie, proximité auto-érotique. Vent d'embruns, version minérale, terre chaude, résine précieuse, vapeurs orientales, myrrhe brûlée par le soleil, ambre hypnotique. Effluves corporelles absorbées et restituées par un bout de tissu. Il me semble que la couverture enfantine que j'enfouissais sous mon nez étoffait le berceau méditerranéen pour mieux exhaler ma pomme d'ambre. Le choix d'un parfum embrasse un parcours de découvertes, d'ombres successives. Pas de deux olfactif pour une enveloppe féminine complexe.

Princesse Leia s'initie aux secrets orientaux, khôl débordant chevelure parfurmée.

mardi 24 août 2010

Le mamba noir se replie, sa proie suffoque lentement dans l'attente d'une létalité inéluctable. Morsure de l'échec, amertume du dégrisement dans le lieu intime de la naissance d'un projet. L'altérité, chien de gibier à l'arrêt, maintient la mise à distance dans une distorsion de la réalité. Chute de tension désirante, l'érection belliqueuse laisse place à l'inaction assignée. Assaillie d'une armée d'écueils, l'expérience de création se confond dans la pénibilité de son accouchement. Dans l'apparente dissolution des flux de pensées et d'émotions, une force centrifuge émergera, affranchissant une lutte précise, positive, sans équivoque.

Échec et mat. Chef d'œuvre absolu de la virtuosité humaine. Plaisir de jouer, tourment de perdre. Rejouer.

lundi 16 août 2010

Qu'un sang impur abreuve nos sillons. Symbolique guerrière, certes, référence féminine néanmoins. Loin de moi l'idée d'alimenter les préjugés populaires d'origine religieuse qui ont cimenté une dualité du rouge - pouvoir sacré masculin d'un côté, impur féminin de l'autre - je chantonne ce refrain, perdue dans un linéaire anonyme rayon hygiène. Le blanc reste une base sécuritaire et sanitaire, indispensable à tous les cotons, tampons, serviettes, lingettes destinés à absorber une large gamme allant du rosé au brun en passant par le jaunâtre. Art du maquillage, la blancheur se drape d'emballages qui rappellent plutôt ceux des cartouches d'encres, rayon écoulements informatiques. La chair s'estompe devant l'idée de fraîcheur tonique, faisant passer une boîte de tampons pour un paquet de chewing-gum mâché par une bande de copains lâchés dans la nature. Bleu lagon, Rose fushia, jaune citron, menthe à l'eau. Le loup marketing est à l'affût de jeunes consommatrices, affichant des couleurs de confiseries voire de sextoys. Pimpantes sucettes à l'anis. Déboutée la trilogie classique du rouge, blanc, noir? Non, les chaperons rouges continuent d'apporter un pot de beurre blanc à un loup noir. Les codes changent, les symboles durent.

Fard noir sur les paupières, blancheur du teint, rouge grenade des lèvres. Trilogie efficace pour un canon de la beauté. Tiens-donc, encore une symbolique guerrière pour une féminité exprimée.

mardi 10 août 2010

Sur la route des nuages. L'ampleur changeante de la mer aérienne, vapeurs célestes mobiles jouant avec la lumière. J'ai l'immense chance de connaître et aimer des aventuriers. L'avion, sublime création humaine, incorpore rêve et action, il est une réalité matérielle d'un mythe onirique. Saturée d'un kaléidoscope d'images, ma mémoire a oublié l'auteur de ces mots: on ne vole pas parce qu'on a des ailes, on se croit des ailes parce qu'on a volé. Eau, air, sable, glace, lave. L'expérience mobile des mers résonne. Ne pas s'inféoder, s'émerveiller, continuer de naviguer: calculer sa route, connaître sa position, communiquer, gérer l'imprévu.

à 7500 pieds, la sociologie se morcelle.

dimanche 8 août 2010

Témoin soumis à la vacuité de l'afflux massif de vacanciers, j'ai toute l'oisive liberté pour élaborer une sociologie du pied. Mer, soleil, familles, amis. L'homogénéité du costume d'été n'est que trompeuse. L'arpion, agent de services très secrets, renseigne mieux qu'une Britannique Moneypenny. L'observation fine de l'apparente décontraction de la base, qui dévoile en ces cités solaires une large variété d'anatomies pédestres, permet de révéler le détail. Formule élitiste de la distinction où se faire reconnaître uniquement par ses semblables s'appuie sur une subtile broutille en se singularisant de l'épaisse particularité. Habitus éternel créant de la connivence sociale. Le peton talqué au chaud dans son mocassin bleu marine, la tong subissant la masse d'une astragale affaissée, l'étonnante chaussette de sport flirtant avec une sandale sortie d'un institut de rééducation. Spécificité de la patte, cohésion des membres, localisation spatiale, oui, le pied nous renseigne sur le grégarisme de nombreux mammifères.

Un deuxième orteil plus long et l'entour s'empresse de qualifier ce pied de grec. Personne ne voit donc les petites ailes qui insufflent un impétueux désir de mouvement?

mercredi 4 août 2010

Le regard libre, l'immensité des bleus, la mer au portant. La métaphore de la vague et de l'océan submerge naturellement. Saisi par le sublime, l'expérience de ce que Romain Rolland appelait le sentiment océanique laisse émerger notre appartenance à l'universel. Bonheur contemplatif, centrés sur nos éprouvés, l'acuité de la conscience de l'évènement vécu déclare l'apesanteur de notre finitude. Notre occidentalité urbaine stabilote le dualisme infantile qui oppose le moi au reste du monde. Et, parfois, l'extraordinaire joie d'un lever de lune au grand large nous replonge dans l'éblouissement d'une pensée grecque. La méditation de quart du marin amateur par une calme nuit étoilée profile une philosophie d'atelier mécanique sur notre organe de pensée: nettoyage, vidange, entretien des 100 000. C'est ça aussi la voile.

La voie lactée. Tout corps plongé dans la méditerranée reçoit de la part de celle-ci une poussée mythologique égale à l'épaisseur de ses racines. Dans le sillage nocturne, enjôlement des Néréides. Juchées sur leurs dauphins, trident vainqueur, branche de corail. La voile Actée.

vendredi 16 juillet 2010

Soupir.
Latitude : 49° 24' 23'' Nord, Longitude : 3° 35' 46'' Est.
Petit village français de 300 habitants situé dans l'Aisne, Picardie.
Les dénombrements ont de quoi faire soupirer, les dépouilles de 10637 Français, 11089 Allemands, 4851 Italiens ont été inhumées après la première guerre mondiale. Tragique notoriété pour ce lieu meurtri par une succession violente de combats, Soupir sera anéanti lors des batailles du chemin des dames en 1917. Deux siècles auparavant, noble villégiature, encore petit chemin emprunté par les filles de Louis XV, les dames de France. Au bonheur des dames. Vagabondage de l'esprit qui crée concordances dans l'invraisemblance du songe. Un siècle plus tard, un talentueux cardiologue inaugure un chemin de l'aine vers le cœur, régulant ainsi la zone émotionnelle des soupirs. Pour le plus grand bonheur d'une dame de cœur.

L'insatisfaction soupirante de l'adolescent comme indice sonore de l'hyperbole témoignant de son grandissement.

lundi 12 juillet 2010

Migrations héliotropes. L'émergence massive d'individus sous les pins dans la rigueur fabuleuse des rendez-vous annuels. Une vie quasi souterraine lors d'hibernation imposée qui peut choisir de jouer les prolongations. Les mues successives laissent apparaître les corps voués à une séduction solaire. Le grand bal musette peut commencer, beaucoup d'amour et peu d'eau fraîche, concert sur la plage, le grand jeu. Le temps d'un été. On pourrait résumer la vie des cigales à des années de labeur souterrain pour quelques semaines de festivités, et surtout combattre leur réputation d'inconstance diffusée par un célèbre fabuliste. Sensible au chant sonore des mâles et au devenir de l'espèce, je ne renie pas le paradoxe qui me pousse à valoriser le comportement de prédateur de mon chat qui aime à faire résonner la cymbalisation d'une malheureuse cigale au fond de sa gueule. L'éclat de fierté dans l'œil du lynx réduit à néant mon engagement au près des insectes suceurs de pinède.

Les flux migratoires peuvent aussi transformer n'importe quelle place de bord de mer en galerie des glaces. Royaume du cornet renversé, du parent irrité, de la sueur qui plaque le tee-shirt publicitaire. Le faste en moins.

mardi 6 juillet 2010

Histoire d'eau. Plouf. L'enfant trempe la main dans l'espace virtuellement humide qui relie les participants. Le geste associé à une parole rythmée désigne celui qui va être éliminé, écarté. D'allure démocratique, ce moment de jeu avant le jeu n'est soumis qu'en apparence aux lois du hasard. Les références monarchiques dévoilent la duperie tacite car si le roi et la reine ne le veulent pas...Le dominé se soumet volontiers, le meneur confirme son statut dégainant avec célérité son bras en criant prem's tout en ralliant déjà les autres dans son camp. Plouf. Un caillou qui chute dans l'eau, puis le jeu de poursuite se propage avec ses vagues et ondes d'émotions. Joie et peur d'atteindre l'abri, d'être rattrapé, de pourchasser. Acte fondateur dans la cour de récréation, coopérer ou s'opposer, individuellement ou collectivement. Et puis l'extraordinaire force du pouce vertical, les doigts repliés, pour indiquer son pouvoir à changer la situation. On aurait dit que. Ensuite les adultes deviendront bien plus manichéens en s'appropriant des icônes pouce en l'air, pouce en bas, j'aime, j'aime pas.

Se jeter à l'eau à la manière anglo-saxonne. Un splatch extraverti plutôt qu'un plouf de toilettes.

dimanche 4 juillet 2010

La mer, la barque, le soleil, le plaisir. Travelling arrière, quelques mois plus tôt, beaucoup de degrés en moins. Sur le môle, des passionnés qui ont l’immense privilège de posséder un bateau en bois. Une identité secrète que nul n’a besoin d’exposer, seule la reconnaissance des heures de plaisir et de labeur mêlées les lie. Chacun sait l’intimité méditerranéenne unique qui naît de ces humbles bateaux. Chacun se sent plus qu’un simple plaisancier, la barquette reste un bateau de travail, tous ont l’âme d’un pêcheur. On retrouve dans toutes ces embarcations une banaste pleine de palangrottes, un marteau à piadon, un salabre, un grappe à oursins, un girolier, parfois de quoi caler un palangre et quelques cannes pour la pêche à soutenir. Ce matin de fin d'hiver, tous sont loin du plaisir de la mer, occupés à poncer, gratter, racler, préparer, réparer, peindre. Ils râlent devant l’étendue du travail, parfois des dégâts, cherchent et inventent des solutions. Des hommes à la fois charpentiers, mécaniciens, peintres, heureux même fatigués de cet immense travail toujours à recommencer. Circuler entre les bateaux, retrouver les gestes appris en famille. Certaines barques n’ont qu’une couche fine d’algues vertes, elles naviguent et sont l’objet d’attention constante. D’autres plus casanières laissent entrevoir un travail d’investigation sur la coque, le moteur et préparent d’autres surprises aux bateliers. Saluer les travailleurs, acquiescer devant une sous-marine accomplie, grimacer face aux fentes d’un pont desséché par les coups de mistral successifs, interroger l’érosion des pales d’une hélice. S’attarder devant l’identité de chaque barque, le plus souvent un prénom qui compte dans la famille ou en Provence. Jacky, Mireille, Caprice, Calendo, Fiou pelan, Zette…
Eusèbe. Aucun ancêtre dans la famille sous ce patronyme. Seule la mémoire fait sourire, une voix paternelle annonçant je sors l’Eusèbe.

Se laisser glisser dans l'enthousiasme des évidences, apprécier la stabilité de l'horizon.

jeudi 1 juillet 2010

Besoin d'air. Accident de plongée socio-traumatique. Le placage de masque est un accident en descente, le volume d'air contenu dans le masque est comprimé jusqu'à provoquer un effet ventouse. Les mensonges ordinaires cimentent la vie sociale, la représentation continue, les mascarades s'étoffent. Des mondes parallèles s'élaborent de manière étanche, l'appartenance scelle l'acceptation voire l'imprégnation des codes établis dans l'art de paraître. Tentée par les chimères d'Alceste je veux qu'on soit sincère, je perçois le danger nécessaire à l'imposture malgré la colère interne. D'autant que mes propres frontières entre intime, privé, publique sont soumises à des réaménagements dignes du programme fédéral de la protection des témoins aux États-Unis.

45000 dollars. Adjugé. Prix de la vente aux enchères des radiographies des poumons et du bassin de Marylin Monroe. Confusion extrême.

lundi 28 juin 2010

Leçon de choses. L'été réveille les parades amoureuses. L'attention bucolique aux insectes du jardin butinant quelques fleurs ne doit pas cacher l'extraordinaire fécondité des stratégies de séduction à l'œuvre. Règle de survie pour des millions de fleurs, les Orchidées ont signé un pacte secret de dépendance à un animal précis, ne confiant pas leur reproduction à un souffle peu fiable dans l'épandage attendu. Pour attirer le mâle pollinisateur attitré, les pratiques du speed-dating végétal restent classiques. A la nuit tombée certaines se parfument créant un véritable piège à odeur dans lequel l'élu sous hypnose olfactive ne peut que pénétrer l'antre floral. D'autres choisissent l'impact visuel d'un fourreau coloré révélant des formes à faire fondre le bien-aimé. Les plus manipulatrices utilisent le leurre sexuel par mimétisme de couleur, pilosité, phéromone, le mâle abusé s'accouple en toute méconnaissance. L'atout bon petit plat n'est pas ignoré, un nectar raffiné servi dans une coupelle délicate fera l'affaire. Liaison fatale.

L'orchidée, fleur subtile, unique, peut aussi avoir une vie sexuelle acrobatique. En l'absence d'insectes disponibles, elle fait faire une boucle périlleuse à son organe mâle en direction de son organe femelle pour parvenir à ses fins: l'orgasme pollinisateur.

dimanche 27 juin 2010

Un homme, une femme. Deux patronymes, deux villes. La vie quitte le corps de la femme déposée sur un lit d'hôpital. Le délire enferme l'homme dont la raison rejette un autre lieu de soin. Les identités légales aplatissent les parcours. Sexe, nom, lieu. Aucun lien apparent si ce n'est des impasses familiales qui ont écorné les cartes d'identités. Géographie singulière qui perd telle personne dans une solitude puissante, telle autre dans une désorientation cardinale. L'identité fragile déboussole. M'apparaît encore et toujours le mouvement du corps comme valeur essentielle. Suivre des chemins tracés ou inventer un itinéraire dynamique, avec et par les autres. Reconnaître l'identité familiale comme fondation pour une architecture innovante qui s'abstient de transmissions imposant un décorum social. "Papiers s'il vous plaît". On imagine alors le désappointement administratif face au déroulé d'une carte d'identifications successives, balisées par des rencontres familiales, culturelles, religieuses, scolaires, professionnelles, des choix et non-choix, des dires et non-dires. Et puis l'amour bien au-delà des croisements biologique, psychologique, sociologique, philosophique. Des identités remarquables.

Princesse Leia recherche des jouteurs audacieux afin de nourrir un débat sur autorité et supériorité.

mardi 22 juin 2010

Fiasco, débâcle, désastre, catastrophe. Du "on" rassembleur sur fond musical de Gloria Gaynor à des "eux" déclassés sur bouillie sonore vuvuzuelante. Même mécanisme de foule, même emportement, l'orchestration de la dérive négative forge le bouc émissaire clinquant tant attendu dans l'austérité conquérante du moment. L'incursion morale confine au drame national, le collectif exprime sa propre violence en désignant la victime expiatoire. L'illusion de la régulation ne dure qu'un temps.

Le ballon sauvage ne se laisse pas attraper. Universel plaisir du très jeune enfant qui s'engage pour s'en emparer.

dimanche 20 juin 2010

Carrefour dangereux. Se maintenir dans un accélérateur de particules en étant traversée du faisceau des souffrances de l'altérité. Fausse route, déraillement, sortie de route. Les collisions génèrent une énergie négative qui tend à aspirer la vitalité dans un trou noir. les trajectoires se percutent dans la métaphore du trafic. La loi des séries malheureuses reste un pur produit de l'imagination. Cependant pour s'éloigner de la sensation du cyclotron, ne pas hésiter à mettre au repos la pensée. Et retrouver l'intuition relationnelle dans une simple présence.

Einstein a rajouté en 1917 un paramètre à sa théorie de la relativité générale, la constante cosmologique. Une force d'accélération de l'expansion de l'univers appelée énergie sombre. Rien à rajouter.

mercredi 16 juin 2010

L'épaisse blancheur d'un état d'âme dominé par le manque indistinct. Le trou de mémoire laissé par une balle à blanc se remplit d'écume mousseuse. Les émotions ouatées accueillent une sensation d'engourdissement, chute de neige sur l'intime. Ni vide, ni plein, ni chaud , ni froid. Un drapeau blanc flotte légèrement pour signifier la fin des hostilités. Renouer avec la fluidité du réel. Je décèle la ruse mélancolique qui travestit sa noirceur. Pas la rêverie exaltée, désespérée, non, une instabilité corrosive qui passe d'une morosité envahissante mais discrète à une avidité débridée du corps et de l'esprit. Je l'ai démasquée cette mélancolie ambivalente qui joue au trampoline.

Hypothèse: la récurrence du blues alternatif se fertilise à partir d'un déracinement en héritage.

lundi 14 juin 2010

Elles se cachent derrière le rideau. Noir, doux, lourd, présent. Ne pas se montrer, pas encore. Et pourtant l’irrésistible poussée pour découvrir. Les lumières apprivoisées et nouvelles, la présence si intense au-delà de l’espace. Le tulle accroche, le satin diffuse une douceur délicate, petites têtes couronnées. Sucre d'ange, les êtres devenues célestes se serrent, trépignent en silence, respirent. Le jeu, l’attente, le rôle. Une main assurée lisse un chignon, l’assurance d’un rouge sur les lèvres, les yeux soulignés. Étreintes frôlées. La musique résonne dans les corps. Les chérubins cachent leur lame flamboyante. Des chuchotements s’éveillent, des rires étouffés, les anges facétieux ne parlent pas. La circulation de leur souffle limpide crée le mouvement primordial sur le plateau. Seuls les enfants voient les anges. Un cliché noir et blanc dans les coulisses, et je sens frémir les ailes du désir. Comment notre ignorance peut elle à ce point nous aveugler et anéantir l'énergie vitale de l'enfant qui s'empare de la scène? Pour qui sait voir, juin nous offre une tentation de kabbale.

Princesse Leia courtise le rouge du mois de juin, cerises et fraises, salades gourmandes, laque sur pieds dénudés.

vendredi 11 juin 2010

Le lien et le lieu. L'attachement et l'espace. Le besoin essentiel de proximité laisse très tôt émerger le besoin d'exploration. Les frontières invisibles des espaces conquis façonnent la relation à l'autre. Et vice versa. Des repères pour s'orienter, s'approprier, s'isoler, envahir, se laisser envahir, se réfugier. Des repères pour un repaire. A la sortie du toril, le matador sera toujours attentif à la brutale domination par le taureau d'un territoire instinctif dans l'arène. Refuge mental dans lequel il retournera tout au long des tercios. Dans le lexique tauromachique espagnol, la querancia signifie abri, attachement, retour, et rend visible ce dernier espace vital. Ma querancia est plus que jamais marine. Un point d'ancrage qui permet l'exploration d'une ligne de fuite. Mes ailleurs révèlent la force de mon ici.

Le repère marin est appelé l'amer. L'heureux père. La mère.
Et les petits bateaux qui vont sur l'eau n'ont pas de jambes.

mardi 8 juin 2010

47, 48, 49...50, Prêt! Appuyé contre un arbre, la tête enfouie dans le bras replié, le sérieux du jeu sculpte la posture. L'enfant crie. Prêt à découvrir les autres. Jouer à cache cache demande souplesse, rapidité, sens de l'orientation dans une alternance d'attentes et de poursuites. Essoufflement. Jeu de rôles successifs, fictions du moi, le corps entre dans une socialité fondée sur le regard. Par et dans le regard, il nous transmet bonheur, douleur, tensions. Corps oublié, sujet d'anxiété, allié complice de tous nos plaisirs, adversaire dans tous nos conflits d'apparence. Prêt pour un traité de paix durable, le temps des retrouvailles pour une réconciliation avec le corps en se déjouant des apparences et du bien dire. Ce qui se dit ou ce qui se cache. Le centre ne peut mentir, les couches sont trompeuses. Sédiments qui cachent une enveloppe trop sensible, chatouilleuse, impressionnable. Changer les règles du jeu entre apparences et identité. Trouver la légèreté de l'ombre sur le regard sans le cacher, raccord de maquillage d'un éternel jeu féminin.

Le fossé de l'adolescent adossé au mur construit entre l'idéal d'un corps à atteindre et le corps réel hérité.

lundi 7 juin 2010

Le goût d'ailleurs. L'attrayante modernité peut nous transporter avec célérité. Partout sur le globe, notre langue devient étrangère, détectant des arômes et des saveurs inédits. L'expérience interculturelle la plus frappante se vit autour du pourri. La puissance faramineuse de la fermentation lointaine met à jour toute une gamme de perceptions négatives. Le durian illustre ma propre incompatibilité gustative, mon inhibition culturelle, mes freins à la curiosité aventureuse culinaire. Fruit apprécié et dégusté en masse dans l'Asie du sud-est, frappé d'interdiction dans les lieux publics, le durian représente la fuite occidentale face au régal du gourmet asiatique. Son inhabituelle odeur provoque des comparaisons âcres évoquant d'improbables cloaques, sa prohibition souligne l'inimitié étanche des apprentissages du goût. Le chemin pour découvrir la suavité de la chair claire derrière l'intensité du nez sous l'hyperbogue épineuse est particulièrement long pour l'étranger. Et pourtant, toutes les traditions culinaires sont taraudées par des plongées inconnues dans les viscères, humus, pourritures. La fermentation révèle le goût de l'animal, de l'herbe, de la terre, de la mer. Comme un langage, elle s'apprend par bains successifs, elle se découvre puissante et repoussante, cependant typiquement présente. Le voyage révèle la fermentation. Mes ancêtres des peuples de la mer Méditerranée font couler ce goût d'ailleurs qui éloigne et ramène, fait partir et revenir. Tant de mondes, de saveurs, de textures. Continuer d'apprendre et découvrir sous la langue le spongieux, le râpeux, le soyeux, le crissant. Accompagnée de l'extraordinaire fermentation effervescente du vin le plus connu au monde.

L'incomparable fascination de l'odeur du pourri dans l'enfance, bonheur mêlé de dégoût à l'usage des boules puantes.

vendredi 28 mai 2010

La brisure dans l'acte initiée par la maladresse m'inspire de la tendresse. Sous le regard d'autrui, une fragile émotion affleure dans la naïveté du geste. L'on perçoit alors des traces de lointaines expériences corporelles où l'affectif singulier est venu perturber la posture. L'inadaptation comme écart à la norme devient touchante. Pleine de bonne volonté, la maladresse inéluctable n'arrive pas à la bonne adresse créant un superbe décalage dans la communication, espace libre pour l'inventivité, l'inattendu, le rire. Buster Keaton, l'un des plus brillants maladroits du cinéma s'est emparé de cet espace pour jouer la maladresse grâce à l'exceptionnelle virtuosité de son corps. Sans adresser un sourire.

Les enfants apprennent à écrire et pour certains perdent le geste de dessiner. Mystérieux changement d'adresse.

mercredi 26 mai 2010

Einstein ne me contredirait pas sur le fait qu'à ce jour la finitude de la théorie des cordes et des nœuds est encore à démontrer. La physique quantique représente un insondable sac de nœuds. De cette obscurité conceptuelle je ne retiens que mots et signes. Raffolant du matelotage à contre-courant, je dispose d'une patience démesurée pour le dénouage. Rechercher l'extrémité libre, l'accompagner pour trouver son chemin dans un dédale de boucles, soupirer sans renoncer. Le dénouement est parfois incertain. Les entrelacs de l'étymologie nous rattrapent, le symptôme est coïncidence, croisement, nœud. Au confluent de la mythologie, de la culture, de l'art, de la psychanalyse, de la biologie, des mathématiques, le nœud est omniscient. Des molécules d'ADN nouées et entortillées aux lacets de nos chaussures, la narration du nœud livre notre passé, nos intentions, nos sentiments, nos liens, nos distorsions comme l'écrivain besogneux qui rêve de Flaubert. L'homéopathie, science qui s'intéresse de près aux symptômes, recommande abies nigra pour les sensations de nœuds à l'estomac. La dimension érotique n'est pas oubliée avec ses gammes d'enlacements, d'entrelacements, d'entremêlements, d'entre-deux. Lier, relier, délier, métaphore vitale.

Mon enthousiasme gagne le terrain typographique avec la célèbre ligature du e et du t. L'éternel charme de l'esperluette, &

samedi 22 mai 2010

Mon oncle d'Amérique. Film coécrit par le professeur Henri Laborit qui souhaitait mettre en lumière ses travaux, ses théories sur le comportement et le cerveau. La seule raison d'être d'un être c'est d'être. Le stress correspondrait à un croisement sans feux de signalisation entre les trois cerveaux, le cerveau reptilien de la survie immédiate, le cerveau limbique qui enregistre les conditionnements et les émotions qui s'y rattachent, le néo-cortex siège de la connaissance et de l'analyse. Le système nerveux s'apparente à un jeu de matriochka, poupées qui s'imbriquent les unes dans les autres. Parfois, au carrefour, les signaux envoyés déclenchent une information d'urgence qui attend une réaction immédiate. Cependant le brouillage d'ondes maintient la confusion entre détresse grave et submersion incontrôlée. L'urgence s'impose, le surmenage se nourrit. Le prêt-à-penser subit la tendance, révèle l'instinct grégaire à déclarer l'état d'urgence, laissant le surmenage étouffer la conscience de nos comportements. L'équation cinématographique est simple. Trois cerveaux, trois actions : combattre, ne rien faire, fuir.

État d'urgence vitale pour cet homme dont les lésions dangereuses ne se laissent pas facilement écrabouillées. Il n'a pas le temps d'ajouter une souffrance psychique à sa douleur physique. Dans son combat solitaire, sa conscience lumineuse m'éclaire de ses forces précieuses.

jeudi 20 mai 2010

Du lange au linceul, les histoires de vie s'écrivent autour du drap. Les fibres s'imprègnent de nos fluides, de nos humeurs, de nos rêves à fleur de peau. Le léger souffle du drap propre soulevé dans une gestuelle souvent habile habille le lit d'une douce fraîcheur. La main lisse, avec application, les faux plis querelleurs. Loin des préoccupations naturalistes et sociales des peintres du XIXème cherchant à rendre compte de l'extrême pénibilité du travail du linge, mon lavoir ressemble plutôt à un boudoir dans lequel le métier exercé à temps parcellisé me soumet à une rêverie potentiellement domestique. Mes emballements solitaires me font repasser en boucle le film des oeuvres de Christo et Jeanne-Claude. Le couple d'artistes révèle en cachant, depuis des décennies, des édifices, des lieux naturels. S'emparant de tissu, ils ont créé un monumental art éphémère, insensé. Un rideau safran de 13000 m2 barre une vallée dans l'Etat du Colorado, inouïe expérience sensorielle sans signifié.
Jeanne-Claude, 13 juin 1935 - 18 novembre 2009.
Christo continue, fidèle à une promesse faite l'un à l'autre.
Du lange au linceul, et au-delà.

C'est assez burlesque de voir comment l'évolution des thèmes de la peinture de Toulouse-Lautrec décrit le parcours de vie de ses sujets: La Blanchisseuse, Le Moulin Rouge, Au salon de la rue des Moulins. Du lavoir au bord d'elle.

lundi 17 mai 2010

Dans un réseau de communication, il arrive qu'un opérateur soit en dérangement. L'on reçoit alors des points de suspension infinis dont l'agressivité sonore taille à vif dans le flux de la relation. Cependant le dérangement crée aussi l'espace, l'intervalle, l'inattendu. Se laisser déranger, plier, déplier, replier l'origami de notre être et révéler parfois dans l'envers du tissu notre propre altérité. Dans l'optique d'un développement durable personnel, j'envisage de fédérer autour d'une écologie du dérangement où la complexité de nos plis se sublimerait dans l'esthétique de l'éventail. Du travail en perspective.

Le comble du pâtissier est de rire devant un mille feuilles. Plié en deux, il repense au travail de la pâte qu'il a pliée, étirée, repliée des heures durant, dont il ne restera que quelques miettes sur les commissures des lèvres du gourmand trop pressé.

samedi 15 mai 2010

Le chat se déplaçant sur le balcon nargue le passant de son équilibre toujours élégant hors du commun. Le félin ne vacille pas. D'ailleurs il ne tombe pas mais entre dans le sommeil, à l'inverse de la plupart d'entre nous pour qui l'alternance veille sommeil passe par une extraordinaire expérience de chute. Secoués par une propagation de spasmes musculaires nous tendons à nous raccrocher à un sommier irréductiblement stable. La défaillance du corps dans l'indistinct délave les couples de notre fonctionnement, plaisir/déplaisir, attirance/répulsion, compréhension/confusion. Tomber de sommeil, une perte de contrôle où le corps résiste dans un sursaut avant abandon. Tomber amoureux révèle aussi toute la gamme de chancellements du corps, l'anarchie des fluides qui trouble la stature, colore la peau, déchire le rythme cardiaque. Quel merveilleux paradoxe que l'expérience de cette chute imprégnée d'une incompressible légèreté capable de nous faire danser comme Gene Kelly sous la pluie. Pour mieux défaillir. De plaisir ou de douleur.

Les réflexes archaïques d'agrippement permettent au bébé de s'organiser pour lutter contre la sensation de chute ou d'abandon. Le petit kangourou est bien plus passif au chaud dans sa poche.

jeudi 13 mai 2010

Dmitri Nabokov, vieux fils de Vladimir, a mis fin à un terrible dilemme littéraire de plus de trente longues années. Véra, épouse de Vladimir et mère de Dimitri, ne put se résoudre à brûler le dernier manuscrit selon les volontés de l'écrivain. Les fiches de travail restèrent à l'abri dans un coffre en suisse. La postérité a eu raison du respect de la mémoire, les années creusant l'écart entre autorité du pater familias et transmission ultime du talent filial. L'agencement du manuscrit sans le regard de son auteur vient d'être édité sous la forme d'un dernier roman. Par compensation peut-être inconsciente, Gallimard réédite aussi un recueil de nouvelles. La résolution d'un dilemme ne peut être qu'issue d'une lutte entre émotions et raison. En cela, il ne peut être que conflit d'éthique, ce qui présuppose de ne pas être sous le joug d'une morale commune mais bien de répondre à un besoin impératif d'être responsable de sa propre décision. Soupir naïf. Le monde de l'édition est traversé de rendez-vous ratés, d'engagements sincères, de motivations vénales, de trahisons postmortem. Les émotions sont trompeuses tout autant que l'opacité de la perception. Chez mon ami libraire ça sera nouvelles au menu, sans supplément roman.

L'impossible dilemme moral d'Einstein qui dut sacrifier une de ses valeurs au profit d'une autre lorsqu'il écrivit à Roosevelt pour lui dévoiler les avancées scientifiques qui allait aboutir à une arme terrifiante.

mardi 11 mai 2010

Tout va bien Madame? Non, pas très bien. Comment dire la peau qui retient le mouvement, l'attraction terrestre qui défie les pommettes, la gravité qui en découle sur le sourire. Les plissements déformés des yeux matinaux même sans nuit d'ivresse amoureuse. Comment dire l'éloignement de la jeunesse comme unique raison du tutoiement, la dilution des mademoiselle, et l'éventualité de la vieille dame. Le corps refuse entre renoncement et résistance. Le schéma corporel se vrille par timides décalages qui osent s'affirmer dans l'aléatoire du ressenti. Et pourtant la mémoire de la peau devient magnifique, la caresse crée la caresse, les sens continuent de s'éveiller. Capital sensoriel peu abordé par Bourdieu se dit-elle. Tout va bien Madame? Elle sent l'étoffe de la réponse s'enrouler dans la bienséance nécessaire. Oui, c'est parfait. Le garçon se détourne, la démarche assurée par la confiance dans le choix du plat du jour de sa cliente.

Princesse Leia philosophe avec grammaire, s'interrogeant sur le bonheur ou les bonheurs.

samedi 8 mai 2010

Le jeune enfant. Ses initiales sont je. Le jeu de lettres ne fait que souligner l'incroyable parcours de jeu du bébé avant de pouvoir dire je. L'enjeu du jeu. La compréhension de la règle se construit par le jeu. Quel extraordinaire aller retour entre identité et règles du jeu. Changer ensuite la règle du je. Poursuivre la découverte dans un je d'aventures. Devenir son libre arbitre en tant que première personne du singulier. Femme mère réfléchie, FMR. L'éphémère est un petit insecte au corps effilé, possédant des courtes antennes et une paire d'ailes transparentes. Son jeu érotique le plus prisé reste l'accouplement en plein vol. Sorte d'effet papillon, l'envol du je libre ouvre l'espace des possibles.

Peut-être en raison de sa filiation, Princesse leia est une naïade.

mercredi 5 mai 2010

Bleu ciel, bleu outremer, bleu voyage. L'intensité audacieuse du jardin Majorelle à Marrakech, les ailes exotiques d'un Morpho d'Amérique du Sud, les graines cotonneuses de l'arbre voyageur de Madagascar, la toile délavée des bleus de chine des marins provençaux. Bleu de prusse de l'immense vague d'Hokusaï, menaçant de ses griffes d'écume des pêcheurs combattifs. L'extraordinaire puissance du déferlement naturel soulève une formidable masse d'eau. L'ambivalence des mots. Le bleu et la vague. La puissance et le doute, la force et l'indéfini. Deepwater Horizon. Du bleu qui commence à faire rêver. Et le flux d'actualité qui vient assombrir le tableau, la marée noire déverse son mouvement inquiétant.

Le vague à l'âme de l'internaute qui navigue.

mardi 4 mai 2010

Le poumon, le poumon vous dis-je. Plaque tournante de nos tourments. Se libérer de la crinoline, cage emprisonnant le souffle oublié dans les tréfonds du thorax. Le mouvement respiratoire se moque de lui-même, c'est en créant une dépression dans les poumons que le diaphragme laisse entrer l'air. Source d'inspiration. L'esprit comme le corps a besoin de ventilations fondatrices. Moments de grâce où l'euphorie colore de nouvelles mises au monde. Délacer le corset pour se laisser caresser par ces quantum d'intuition créative. Décolleter les entournures. Rajouter un zeste de militantisme en s'engageant dans un profond mouvement de libération du souffle.

Capitaine il faut, lieutenant je dois, Rompez!

dimanche 2 mai 2010

Être heureux dans une cabane. La terre porte, le ciel couvre. Cabane, cocon, cabanon, c'est une aire de jeu méditerranéen où le rire tourne en dérision l'ordre établi. La convivialité renforce une sociabilité masculine où chaque homme se retrouve chasseur, pêcheur, cueilleur. Animés d'un désir de ramener du beau, du gros, du bon, ils s’imaginent pouvoir s’en vanter toute la journée. Les enfants rejouent leur propre guerre des boutons. La peau moins laiteuse que Blanche-Neige, je me délecte de bricolage et multiplie les tâches ménagères avec créativité et sans présence de nains. La vieille porte sur des tréteaux branlants nous offre la plus belle table d'hôte. Une légère cotonnade accrochée dans les branches sinueuses d'un tamaris ouvre l'espace. Les rites s'organisent autour des repas, siestes, apéro, jeux. Paradoxalement, les incertitudes quant à l'avenir du cabanon le protègent de la précarité de son devenir. Comme des enfants à l'abri des interdits parentaux, nous échappons à une juridiction pour mieux s'inventer nos propres règles. N'existe-il pas plus délicieuse et silencieuse subversion?

le bruit vague de la plage qui s'endort. Ces presques riens imprègnent la mémoire du goût de l'air salé.

jeudi 29 avril 2010

Le visage possède 44 muscles, ce qui augure de plusieurs dizaines de milliers d'expressions possibles. Nos émotions ont donc un choix à la hauteur de la réaction. Le mensonge cache 3 émotions principales, la peur de se faire surprendre, la culpabilité de l'acte, le plaisir du jeu. Pinocchio et le légendaire allongement de son appendice nasal ne reflète pas l'étendue de maîtrise de certains menteurs. L'honnêteté radicale n'est pas commune quand il s'agit de préserver son image, de persuader dans le but d'obtenir un avantage, d'éviter un conflit, de ne pas peiner. Ce dernier mensonge est parfois qualifié de blanc, comme la blouse isolante du médecin. Sous prétexte de ne pas heurter, on peut ravir l'autonomie d'une personne. Tim Roth, acteur britannique, incarne le psychologue Paul Ekman spécialiste des expressions faciales, dans une série télévisuelle. Le premier affirme que son métier est un mensonge à lui tout seul, le second qu'il représente un détecteur de mensonge vivant. La nature humaine est bien faîte puisque disposant d'un outillage performant, quoique philosophiquement condamnable, mais légitime au regard de la difficulté d'assumer la complexité du réel.

C'est toujours étonnant d'observer le parcours d'une main prompte à soulager la microdémangeaison du bout du nez lorsque l'esprit est piqué par un doute croissant.

mercredi 28 avril 2010

Préserver une solitude désirée. Rechercher aussi l'inhabituel nocturne, l'imprévisible partagé dans le rire, le chant, la danse, la boisson. Une certaine importance familiale attribue à la réputation, l'apparence, l'argent, la propriété une place prépondérante. Se libérer du poids du sérieux. La noce fête, célèbre, rogne. Elle m'attrape dans une messe jubilatoire qui fait pétiller les rapports humains. L'excès déploie un accord tacite pour mieux frotter ses épines, ses échardes, ses granulosités. Le trop est complice du relief. Les noceurs jouissent d'emportements disproportionnés, mettant en scène des luttes de langages. Une voix plus sonore parvient à faire taire l'autre, enterrement des silences convenus pour joutes déclaratives. La noce vagabonde entre comique et pathétique avec volupté badine. La rate peut se dilater, le rire lave de soi-même comme une explosion volcanique.

Le regard de princesse Leia, son rire.

mardi 27 avril 2010

Une ruelle dans une ville, la nuit. Les affiches publicitaires du panneau déroulant illusionnent les murs dans un éclairage coloré. Les courroies d'entraînement du moteur tailladent le silence comme un vieux réfrigérateur fatigué. Avenir est le nom d'un spécialiste de communication extérieure. L'utilisation sémantique révèle la transgression. La notion philosophique d'avenir devient un passage obligé envahissant les champs politiques, économiques et marchands. L'inquiétude des marchés quant à l'avenir de la monnaie. Désir d'avenir. Les slogans se répandent et répondent aux interrogations maîtrisées. La force du courant existentialiste du XXème siècle n'empêche pas toujours ni mes poings de se refermer sur des morceaux de journée, ni mes mâchoires de se rétracter sur des paroles perdues. Vieux réflexe animal qui agite le sommeil trop court. Pourtant, en marchant dans la rue cette nuit-là, la question de l'inquiétude de l'avenir exhibée dans le prisme virtuel de l'affichage a provoqué une résistance presque tibétaine, un lâcher-prise involontaire. Accepter d'ouvrir les paumes vides, laisser se dilater les narines, faire respirer les lignes de vie, de tête, de cœur sans prédiction des nuits à venir.

L'adolescent ravale l'abri mystérieux construit de matière rare, tour d'ivoire des convictions de l'adulte.

vendredi 23 avril 2010

La mémoire joue des tours de passe-passe entre présent et passé. Conjuguer le sentir et le savoir laisse émerger ou pas les souvenirs. Ils s'embellissent, s'enfouissent, se maquillent, se déplacent. L'écheveau peut s'écouler librement avec la fluidité des associations d'idées. Lorsque le désir ne se confond plus avec la volonté, les traces sensorielles, émotionnelles remontent à la surface. Les réminiscences, gouttes de mémoire, affleurent comme des bulles de champagne dans une coupe. D'une vague résurgence à une source limpide, l'expérience enregistrée hier se décode aujourd'hui, ce qui a été senti, pensé, vécu vient nous surprendre. Pythagore m'a sorti des bras de Morphée ce matin, me soufflant à l'oreille dans un triangle rectangle, le carré de l’hypoténuse est égal à la somme des carrés des deux côtés. Plus que la vue d'un livre de maths de collège, c'est le souvenir, dilué comme une aquarelle, de cheveux gris en mouvement, d'un regard bleu glacier, d'une autorité légitimement respectable qui me semble en jeu dans ce murmure matinal. Piste pédagogique à creuser, l'organisation des connaissances devrait plus souvent discerner un peu de clarté dans le binôme désir-volonté, pour faciliter l'apprentissage par cœur.

L'insolite petit cheval des mers a donné son nom à une zone du cerveau essentielle à la mémoire. On a tous un petit hippocampe à apprivoiser.

jeudi 22 avril 2010

L'art d'envisager les mots par toutes les lettres me réjouit. Le palindrome est comme un gant en latex que l'on retourne et qui démontre la même vacuité légèrement empesée de chacun de ses doigts. Kayak. Été. Radar. La légèreté visuelle de ces mots est source de plaisir. Le repérage discret de l'organisation renversante des lettres suscite une émotion souriante. Courir à l'envers le long d'une phrase n'est pas sans rappeler la jubilation désuète du sportif des années 80 ressentie à l'utilisation des premiers walkman auto reverse. Le jeu ne s'impose pas. Il a l'élégance d'un carnet japonais dont le pliage réciproque crée le geste, la main animant le regard qui cherche un sens. Grande est mon insouciance lorsque l'on repense aux contraintes littéraires et mathématiques que s'est assigné Georges Pérec. Ma réserve de sachets d'acide salicylique ne suffirait pas pour jongler, triturer, extirper d'incroyables anagrammes et autres anacycliques. Esope reste ici et se repose. Moi aussi.

Les heures palindromiques ravissent Princesse Leia. "Tiens, il est 10h01".

mercredi 21 avril 2010

Le parcours d'une vie peut se lire comme une fugue musicale où se superposent des lignes mélodiques distinctes. Le sujet perméable aux rencontres suit ou poursuit une route peu limpide, dont la tonalité prend peu à peu une autre couleur. Il existe toujours un noyau mélodique qui revient de temps en temps, la vie est faite de répétitions ni tout à fait les mêmes ni tout à fait autres, de voyages, de questions réponses, de rencontres, de croisements. Un rythme de marche sur un sol mineur en inventant son propre code de la route, comme un pilote nomade qui suit une piste. Une fugue qui n'existe que par les pas qui la parcourent. Contrepoint, contrepèterie...la fugue en route, la fougue en rut. Je ne suis pas sûr que Bach m'excuserai pour ce genre de dissonance.

Princesse Leia peut être physiologiquement excédée.

mardi 20 avril 2010

Certaines errances constituent des rites d'apprentissages, dont l'initiation nomade laisse des traces persistantes dans la recherche d'évasion. Être myope est une aubaine, cela donne l'aisance de jouer dans une zone franche où l'imaginaire recompose le réel. Fondre dans le flou, rêver là-bas, étreindre ici. L'espace temps de la scène malaxe ces ailleurs et ces présents, des rires et des peurs, des souffles, des sons, des silences. Les mots mis en bouche transportent. Ancrée dans mon camp de base, le regard encollé à la ligne du ciel qui s'amarine, le théâtre m'est prescrit comme guide voyageur. L'écrit et le corps.

Enfant, dévorer la page des drapeaux du dictionnaire.

lundi 19 avril 2010

L'homme et l'humilité ont une racine commune, humus, la terre, la poussière. Face aux démesures naturelles comme aux subtils riens inaperçus, l'humilité laïque nous replace dans un désavantage existentiel essentiel. Goûter la méditerranée et se laisser aiguillonner par une piqûre de rappel antique. Les premiers philosophes s'interrogeaient sur les manifestations naturelles et la place de l'homme. J'entrevois l'ampleur de la tâche me découvrant un statut d'orpailleur enseveli sous des débordements de graviers, à la recherche de pépites d'or sans présence de mercure. D'autant plus que pendant bien longtemps on a cru à une hypothétique planète orbitant entre le soleil et mercure nommée Vulcain. Actuellement sensible aux perturbations vulcanologiques, je resterai respectueuse de l'environnement en toute humilité. Cernée par mes propres gisements alluvionnaires, me voilà résolue à me saisir d'une pelle philosophale pour désengorger quelques trésors.

Mon compagnon de routes et de déroutes, Albert Einstein, a démontré en 1915 que la planète Vulcain n'existait pas. Une fois de plus tout est relatif.

dimanche 18 avril 2010

L'héritage culturel et religieux corrode les fondations structurelles puis réveille une inclination à observer la responsabilité personnelle dans un évènement désagréable mais externe. La mise au piquet collective décrétée par une autorité céleste en guise de punition bien méritée. La symbolique continue d'envahir la scène avec ses textes bibliques. Le feu de la colère divine réduit en cendres l'orgueil humain. Au diable la culpabilité, les cendres, les poussières, l'insignifiance humaine! Lâcher prise, choir, laisser passer les nuages d'ombres. De l'Europe à l'Asie, un grand écart entre tradition judéo-chrétienne et méditation bouddhique. Redoutant les courbatures, il me reste à ramener les jambes en position du lotus, la main soutenant paisiblement un verre de vin blanc.

Haiku. Le temps d'un soupir, une évocation confidentielle provoque une insaisissable secousse sismique.

samedi 17 avril 2010

Petites causes, grands effets. Beau panache poussiéreux, fâcheuses circonstances. L'attente d'un plaisir qui ne peut se satisfaire crée de la frustration. Parfois la non-réalisation du désir est sidérante, et la déception se distend comme un vieil élastique. A cet instant, la nature reprend le dessus sur la mondialisation des échanges. Plusieurs centaines de milliers de personnes tentent de trouver un repos sur une moquette rêche d'un aéroport mettant à jour des variations individuelles de seuil de tolérance. La maîtrise confiante des flux s'efface, les lettres des panneaux d'affichage ne cliquètent plus, les corps s'affaissent près de chariots débordant de valises. Les rêves, les attentes, les exigences sont coincés dans une stupéfaction paralysante. Dans ce tumulte, tous mes réacteurs sont à l'arrêt. J'aspire à être tel Eric Moody, le commandant de bord de la British Airways qui réussit en redémarrant un réacteur sur quatre, après un vol au dessus d'un volcan de Sumatra en éruption, à faire atterrir son avion et sauver tous les passagers.

Relire cette nuit les aventures de Philéas. Une pointe de flegmatisme britannique n'est pas contre-indiquée.

vendredi 16 avril 2010

Il n'y a pas que des volcans contrariants et des sources d'eaux chaudes soufrées en Islande. Il y a une cuisine traditionnelle riche. Le Þorramatur est un plat viking qui nécessite quelques ingrédients indispensables: du requin du Groenland, des testicules de mouton cuits dans leur jus et macérés dans le lait aigre, des têtes de mouton calcinées, du fromage de tête, de la saucisse d'abats d'un mouton, de la graisse de sang, du poisson séché, du beurre, du pain de seigle, de l'agneau fumé, de la graisse de mouton, des nageoires de phoques, du gras de baleine faisandé. La petite veine tortueuse qui gonfle sur ma tempe et vient rider l'apparente sérénité de mon front n'est peut-être pas la seule raison de mon inappétence.

Au Japon, les aurores boréales sont nommées promesses de bonheur. Ces déchirures de lumière dans la nuit polaire pourraient me réconcilier avec l'île de glace.

jeudi 15 avril 2010

Les mots jouent, les sonorités voyagent. Des identités orales se tricotent dans les territoires mixés. La poésie vivante de la voix déplie l'écrit. De l'autre côté de l'atlantique, la langue française interpelle, amuse, étonne. Au Québec, on ne rêve pas, on pellette des nuages. Un véritable travail nécessitant un outil, un espace, de la matière, du temps. Le ciel est empli d’immense barbe à papa. Embrasser la friandise qui se dissipe instantanément sur la langue, retenir la sensation éphémère. Un souvenir sucré et durable se répand dans la bouche, des milliers de grains de sable sirupeux enduisent les contours des lèvres. Les yeux tendus vers cette impossible gourmandise, regarder le voyage des nuages dans le ciel et laisser aller les pensées. Divagations inestimables. Dans cette même région, on ne rêve pas calé dans un fauteuil, là on vedge. Magnifique rencontre américaine, vedger c'est être réduit à l'état de légume, végétable, avec l'accent.

Princesse Leia ne pellette pas de nuages. Elle cueillette quelques images.

mercredi 14 avril 2010

La mélancolie naît dans un entre deux où les cicatrices sont à penser autrement. L'homme pense, l'homme ment. Toujours le pansement absurde, donner un sens à une vie dénuée de sens. L'humeur possède le caractère sinusoïdale, alternatif du courant. Entre abattement et bonheur, la douce amplitude confère la normalité, l'extrême fréquence renvoie à la morbidité culinaire. Il se met la rate au court-bouillon. Le champ électrique traverse celui de la psychiatrie. Combien d'états dépressifs sévères traités par électrochocs? Il existe un autre courant alternatif face aux pics mélancoliques. Le rock underground en Cure régulière. Une décharge électrique. La révolte, unique réponse de Camus à l'absurde.

La montre de princesse Leia se dérègle. Deux minutes dure une éternité. Tactique du tic-tac.

mardi 13 avril 2010

le voyage débute en faisant ses valises. Défi féminin par excellence dès lors qu'un sac à main quotidien peut ressembler à une malle aux trésors. Tout bagage doit allier grande mobilité et légèreté. Slogan efficace du layeteur-emballeur-malletier Louis Vuitton. C'est reparti, la légende romantique du XIXème siècle retisse sa toile autour de ma personne vagabonde. La révolution technique des moyens de transports ouvre des terrains d'aventures pour clients fortunés. Intuitif, Louis sent bien que l'avenir du tourisme a de beaux jours. L'imaginaire collectif commence à se façonner une idée aventureuse qui marie luxe et voyage. Des malles fonctionnelles transportent la vie de voyageurs illustres ou délicieusement inconnus, regorgent d'intrigues, résistent aux nuages de vapeur qui enveloppent les déplacements par mer ou sur rails. Marcher rapidement dans un corset cintré en retenant sa capeline, suivie de près par un cortège de malles en cuir laissant seulement apparaître la casquette ornée de galon doré d'un jeune employé de la compagnie internationale des wagons-lits Pullman. Principe de plaisir, principe de réalité. 25 millions de bagages ont été égarés dans les aéroports en 2009. Se résigner à ne prendre qu'un petit sac de cabine avec le strict nécessaire au cas où.

Projet de voyage en cours en 10 étapes : Marseille-Londres-Suez-Bombay-Calcutta-Hong Kong-Yokohama-San Francisco-New York-Londres-Marseille. En disons 85 jours et sans Philéas. Être tentée par Irkoutsk avec Michel.

lundi 12 avril 2010

L'essence de térébenthine mêlée à la résine de pin ambrée qui crisse sous le satin usé des chaussons. Une odeur, une couleur, un geste, un son. Le bac en bois réservé à la colophane au fond du studio. Les rais du soleil à travers la fenêtre chargés de poussières dansantes. Les traces blanchâtres des cristaux écrasés sur le parquet. Le piano. Les danseuses classiques apprennent très tôt à lutter contre le lustre du bois pour éviter toute glissade involontaire. Le patinage peu artistique ne fait pas partie du plan de rigueur nécessaire à la maîtrise des appuis de toute future danseuse. Lorsque l'on découvre l'extraordinaire application des rituels, l'immense patience dans l'apprentissage, les facultés bondissantes d'élévation, l'extrême souplesse dans l'étirement des muscles, les lignes de grâce qui subjuguent le mouvement, on ne peut que s'étonner d'avoir qualifié les jeunes élues de petits rats plutôt que petits chats. Compte tenu qu'avant chaque tentative de fouettés, les graciles silhouettes se précipitent vers le bac en bois, raclant alternativement chaque peton dans les brisures odorantes, le regard lointain, la concentration sereine.

Le 17 juin 1961, à l'aérodrome du Bourget, sur le point d'embarquer pour retourner au pays des soviets, Rudolf Nureyev saute par dessus les barrières de la douane. Il obtiendra l'asile politique en France en pleine diplomatie de congélateur. Peu importe ce qui a nourri le mythe, la virtuosité survivra. Un des plus beau saut de l'histoire de la danse a symbolisé une rupture politique, artistique, individuelle.

dimanche 11 avril 2010

L’économie de marché dominante participe à la promotion d'un confort teinté d’immobilisme déguisé en sécurité. Une économie de marcher. Le mouvement, transport de l’énergie vitale, déborde chez l’enfant et agace l’adulte. De générations en générations, les croyances, idées préconçues, préjugés instillent de fausses évidences pour rationaliser les déplacements, faire rentrer dans les rails, mentir collectivement. La vérité du mensonge s’insinue dans la vie d’adulte. L’incroyable et si commune phrase quand tu seras grand n’est qu’un subterfuge pour dire quand tu t’habitueras à mentir. L’adulte qui oublie l’enfant devient obéissant et esclave de ses certitudes. Il se cache du grand tourment, du seul moteur, le désir. Du pervers polymorphe il est devenu un père vert poli plutôt amorphe. Pourtant, l’histoire de l’humanité est secouée d’électrochocs quant à soi et le rapport aux autres. Depuis Galilée, la terre n’est plus au centre de l’univers, Darwin nous a permis d’appréhender l’évolution, Freud a déniché l’inconscient, Einstein en a remis une couche. Cependant on essaie de nous faire croire à l’embellie de l’ombilic confortablement installé dans une chaise longue en teck directement issu d’une déforestation tropicale, à l’ombre d’un parasol permettant de se rafraîchir d’opinions à 0% de matière grise.

Cuisiner des tortellini à la crème, et déguster ces petits nombrils de Vénus.

Bien que n'étant plus abonnée à Pif Gadget magazine depuis plusieurs décennies, j'ai quelque fois l'étonnante sensation d'avoir un pois sauteur mexicain exilé dans ma tête.

vendredi 9 avril 2010

L'oxymore est une figure de style associant deux mots opposés, l'improbable mariage exprime l'inconcevable avec une force d'évocation remarquable. Rien ne peut mieux décrire le silence assourdissant de Camus, les splendeurs invisibles de Rimbaud, la fantaisie militaire de Bashung... Il existe un oxymore de sensations se rapprochant de l'étymologie grecque, spirituel sous une apparente stupidité. Oui, bouillir à l'intérieur et rester sereine à l'extérieur peut être délicieux. Un succès populaire cinématographique l'illustre, The Mask. Le personnage principal vit dans la neutralité constante de son quotidien uniforme. S'emparant du masque il devient un être dansant, plein d'humour, séducteur, burlesque, inattendu sans aucune inhibition. Ici et maintenant, avec le masque sur mon visage, je peux danser sur le plafond comme Fred Astaire en défiant les classiques lois de gravités. Face à mes ennemis inspirés par un petit noyau résiduel de paranoïa latente je peux me battre comme Trinity avec les contours et le ravage sensuel d'Ava Gardner. Je peux ex-orbiter mes globes oculaires en hommage à Tex Avery et cacher en ce lieu ce que ma langue ivre de désir pourrait faire. Mais la boulangère à qui j'achèterai le pain ce matin ne le saura pas.

Princesse Leia ne dérobe plus les chaussures à talons de sa mère. Elle a les siens.

jeudi 8 avril 2010

L'expérience intense du corps à corps imposé dans l'étroitesse de l'ascenseur. Les murmures incompréhensibles des entrailles viennent bousculer l'apparence des corps soignés, parfumés, bien vêtus ou même abandonnés dans une enveloppe désincarnée. La promiscuité dans l'attente économise les codes sociaux usuels en supportant les manifestations viscérales inattendues. La peau se resserre, le tonus musculaire devient exigeant, l'effort pour éviter le frôlement de l'autre est à son comble. Les limites du corps se rétractent. Ne pas penser au scénario catastrophique de la panne, retenir sa respiration en maintenant son détecteur de borborygmes en alerte. Certains corps professionnels excellent dans la maîtrise. Le psychanalyste à l'abri derrière le divan ne doit-il pas lui aussi lutter contre ses propres réalités charnelles fortuites afin de maintenir une plausible neutralité?

Un prisonnier suédois a tenté de protester contre le système pénitentiaire par le biais de flatulences. Le gardien ne peut pas l'encaisser.

mercredi 7 avril 2010

Le crâne venteux de Boris Vian peut rire aux éclats de mandibules. L'adolescent consensuellement rebelle affiche un crâne fédérateur sur son tee-shirt conforme. Le memento mori laisse place à une communication de post-it privilégiant le vocabulaire visuel au détriment de la conscience. La vanité comme nouvelle icône, tout aussi puissante, d'une consommation illusoire, immédiate, abondante. Mise en œuvre efficace du cliché de normalisation de l'effrayant, du provocateur qui protège d'une attention à la nature vaine et transitoire de la vie humaine. Tous ces crânes accompagnés de sauces maïzenées pour mieux affadir le goût de la vie envahissent les linéaires de la dépense. Tout près, un Che multicolore fricote avec un petit chat modèle, le nœud ajusté au sourire s'accorde à l'étoile du béret. Pirates unissez-vous, répandez votre poison, signalez votre danger, réveillez-nous.

Ancré devant l'écran, le crâne nacré dégagé de sa carne rance...

mardi 6 avril 2010

Besoin irrésistible de mer. Le bercement d'une coque qui longtemps danse dans le corps. Les yeux libres face à l'horizon, l'esprit affranchi de ses pensées, les perceptions ravivées. La chaleur rouge sur les épaules, l'étreinte mordante des premiers bains, les éclats de mer qui scintillent dans le matin. Retrouver la confrérie de pirates, dont l’immense trésor est de pouvoir jouir –certes bruyamment- d’un sanctuaire abrité, épié par les goélands. Les gardiens mercenaires argentés nous rappellent que nous sommes seulement invités. Chance inouïe, je connais bien Jonathan.

Selon l'influence des vents, l'état de la mère n'est pas toujours 'belle à peu agitée'. Princesse Leia s'est dotée de sa propre échelle. Sir Francis Beaufort s'est peut-être trompé, plus elle est ridée, plus elle est forte et calme.

samedi 3 avril 2010

La chaise est complice d'émotions particulières. Celles où le corps subit une pression centrée sur le diaphragme, imposant une inspiration profonde et une adhésion fusionnelle à l'assise. Tout corps plongé dans une lecture, une écoute, une salle de cinéma, un théâtre peut subir une force viscérale qui le pétrifie sur le palanquin d'occasion. La résonance du sens passe par le corps en le sidérant. Certaines disparitions inexpliquées pourraient être le fait d'un fauteuil vengeur, résolu à une absorption sans limite.

La chaise de bureau sur trépied à roulettes exhibe l'exiguïté du scribouillard étriqué se déplaçant, grâce à l'habileté de son pied, du placard d'archives au pupitre. Ce siège-là constitue un symbole de la castration du youpala. Le youpala est une sorte de déambulateur sur roulettes où le très jeune enfant suspendu dans une nacelle se déplace du bout de ses orteils, atteignant un endroit improbable avec une surprenante vitesse. L'engin procure pour certains une sensation de plaisir immédiat contre une perception durable d'une mauvaise compréhension du monde. Sans compter les risques de chutes mortelles dans l'escalier qui se traduisent quelques années plus tard en joutes verbales validées par une hiérarchie d'accoudoirs.

vendredi 2 avril 2010

L'insolite évidence des rebonds d'idées tisse ses liens. En repensant à un dicton yiddish, les grands-parents et les enfants ont un ennemi commun, une phrase de Monsieur GO, philosophe, me revient, l'éducation est faite de transmission, résistance, création. Une incontournable triangulaire, chérie des spécialistes de la psyché, se met à l'œuvre à perpétuité. 1+1=3, l'humanité semble s'éloigner de la logique mathématique mais retombe sur ses pattes dans l'espace euclidien. La permanence du triangle, symbole absolu, universel, spirituel pénètre toutes les stratosphères. Allo papa tango charlie, voyage dans l'incertitude, rétablissement de l'attitude.

Parent d'un enfant imaginaire, certes. Orphelin du parent que l'on ne sera pas sûrement. Et ta soeur qui bat le beurre.

Princesse Leia raffole des triangles légers, dorés, croustillants. La préparation des feuilles de brick demande des gestes issus d'un savoir-faire perpétué durant des générations de cuisine familiale.

jeudi 1 avril 2010

Tant de héros dans l'ombre de la victoire collective. Un peu comme ceux qui au backgammon n'ont pas les dés avec eux. Excellent niveau de jeu mais rapport au temps défectueux. L'éternelle place du deuxième. Qui se souvient du nom de l'homme qui traversa l'Atlantique après Lindbergh? Que sait-on de tous les hommes qui ont participé à la formidable histoire de la conquête de l'espace sans la lumière de la célébrité. Prisonnière d'une guerre intense de communication, la narration de l'épopée héroïque impose un anonymat organisé des victimes et multiplie les publicités mensongères. Le KGB, féru de rapports officiels erronés, a prétendu que Gagarine était mort héroïquement lors d'un test de prototype top secret. Suite à une défaillance humaine lors de la lecture du bulletin météorologique, Youri s'est crashé avec son avion de travail. Mort sacralisée du héros contre accidents d'exercices domestiques. Ainsi, l'exploration spatiale est constellée de désastres à l'entraînement. Théodore Freeman aurait du avoir une destinée hors-norme compte tenu d'un patronyme seyant pour l'aventure. Cet aspirant astronaute est décédé à trente-quatre ans sans avoir pu prendre part à un vol spatial. Le 31 octobre 1964 une classique collision d'oiseau détruisit entièrement l'habitacle de son avion. Le combatif Théo percuté au visage de milliers d'éclats de plexiglas réussit à faire fonctionner son siège éjectable alors qu'il était bien trop près du plancher des vaches. Le choc fut aussi fatal pour l'oie. Par la suite, d'énormes progrès furent obtenus sur les systèmes d'éjection. Chevillée à ma pile, mes rêveries matinales autour de ces inconnus oubliés me ramènent à l'anonymat ménager de ma propre conquête de l'espace. Même avec une indécente chance aux dés, je sens face à la solitude spacio-temporelle qui m'envahit que ça ne suffirait pas pour obtenir la prochaine victoire.

mercredi 31 mars 2010

La menace d'envahissement plane. Le quotidien sécrète une expansion désinvolte de livres, journaux, objets exotiques, scientifiques, artificiels. Phénomène endémique récurrent qui ombre l'espace visuel. Aucune défense immunitaire face au débordement mis à part quelques soliloques équivoques pour affaiblir la mise en tension entre anarchie insidieuse et tabula rasa bureaucrate. Les petites piles se multiplient, guettées par la chute ostensible. Devenir archéologue de ses propres traces. Fouiller, trier, ranger, ordonner, s’asseoir sur une pile et relire, redécouvrir, et se laisser aller aux rêveries propices aux pensées désordonnées. Le savoir et le refaire. Recevoir l'approbation totale de mon chat flânant dans le désordre littéraire à la recherche d'un confort bibliophile.


La chambre de Princesse Leia peut ressembler à un cabinet de curiosités.

mardi 30 mars 2010

L'imaginaire artistique est traversé de miroirs. La surface polie renvoie au lisse de la peau tendue, on n'échappe pas à l'érotisme du reflet. Une mise en relation ambigüe entre soi et l'autre. Au quotidien, entre spéculations sensuelles et réfections narcissiques, une plongée mythologique me submerge. La psyché de la salle de bains offre l'empreinte des étreintes au regard, toujours soumis à la première expérience d'inquiétante étrangeté. La matrice stylisée comme symbole de la femme se lit aussi comme un miroir. Télescopage caverneux de l'étymologie. Spéculum, miroir en latin, objet destiné à explorer l'utérus pour mieux en réfléchir l'intérieur. Trajet du rayon lumineux, identité construite par identifications successives, façonnement d'une allégorie érotique, pétrissage circulaire de la pensée, à la réflexion, tout ceci n'est qu'une histoire d'aller-retours.

Le troublant vertige du jeu de la mise en abyme qui utilise la réflexion en miroir. L'enfoncement dans le dédale des reflets comme remise en question du monde.

Les spéculoos. Leur dégustation attise une sincère frénésie. Impossible d’en manger un ou deux, c’est par dizaines. Les utiliser comme une petite cuillère, pour mieux apprécier la rencontre d'un yaourt et du fin biscuit ocré. Là, c’est une concentré de gourmandises, de voyages, de contrastes. Là, je sais qu’il y aura toujours nécessairement un peu d’abstinence pour l'immense plaisir de redécouvrir sous le palais de suaves sensations.

lundi 29 mars 2010

Le babil est machinalement perçu comme un bavardage enfantin futile. Une répétition récréative de syllabes. A une nuance près, il est davantage une escale primordiale dans l'aventure du langage. Les mots nourrissent, caressent, portent, attachent musicalement. L'acoustique comme jeu premier des sons, des rythme, des poésies de la langue maternelle. Le bébé s'écoute en étant accompagné par d'autres voix. Pour parler il faut avoir entendu. L'étendue du malentendu humain se distingue. C'est par les autres que le monologue intérieur s'élabore, et c'est par cette activité psychique silencieuse que l'on se parle à soi-même et aux autres. Le babil, unique alternative pour contredire la confusion des langues. Une fois de plus, les lettres nous jouent des tours, babil n'est jamais loin de Babel.


Des livres, encore des livres comme cadeaux de naissances. Ils durent bien plus longtemps qu'une somptueuse grenouillère en velours rasé.

Ou li bou niche la ca ni pon.

dimanche 28 mars 2010

J'attire l'attention des étudiants rencontrés récemment sur le coup du bélier. Ce phénomène hydraulique apparaît suite à une variation soudaine de la vitesse d'écoulement d'un liquide qui fait voler en éclats une conduite. Il s'agira toujours de condamner la résolution du problème par la mise en place d'un antibélier. A ce jour, la réponse est irrecevable.

Rappelons que la belette belotte, le bélier blatère. Sans dé.

Perde une heure, gagner une année, en une seule nuit.

Princesse Leia aime les fontaines romaines. Dolce vita!

samedi 27 mars 2010

Les Diaforus contemporains se sont éloignés de la théorie des humeurs qui éclairait la santé du corps en fonction de la circulation de ses fluides, eux-mêmes sous influence du temps qu'il fait, du temps qui passe. L'actuelle introspection technique de nos corps dissipe l'attention individuelle à la chair et ses liquides. Cependant, le langage courant maintient le branchement en soulignant la bile de l'inquiet, le sang du coléreux, les tripes de l'excessif. Il ne s'agit souvent que d'excès ou de manque. Au printemps, la démesure bacchanale peut entraîner une révolte du corps qui expulse alors une quantité variable de liquide et autres viscosités. Cette approche de la physique pourrait séduire quelques étudiants intéressés par la mécanique des fluides.

Humeur et humour ont une racine commune latine humor. Le O et le E s'amusent à changer de place pour mieux se retrouver dans le cœur.
Plus subtil que le jeu de mots, le jeu de lettres.

jeudi 25 mars 2010

En 1955, Einstein (encore lui) meurt d'une rupture d'anévrisme. Selon ses souhaits, il fut incinéré et ses cendres réparties dans un endroit encore tenu secret. Dernières volontés respectées à quelques grammes près. Le médecin légiste en charge de confirmer les causes du décès préleva la matière grise avec l'incroyable audace de raser la célèbre chevelure pour mieux dégager la renommée boîte crânienne. Anecdote banalement laborantine. Sous une apparente démarche scientifique, la tentation était grande de mettre à jour un quelconque lien entre physiologie de la cervelle et matérialisation de l'exceptionnel génie, l'apprenti barbier se dota d'une relique phénoménale. Il va jusqu'à convaincre de l'extraordinaire opportunité de faire avancer la science, et promet une discrétion sans faille sur l'avenir du cortex au fils d'Einstein. Absolument pas spécialiste des neurones de la tête, il découpa tel un salami le fameux cerveau en quelques tranches, et conserva le tout dans des bocaux de cuisine formolés pendant plus de vingt années. Si son épouse avait été éprise de cuisine japonaise, n'aurait-elle pas été tentée de cuisiner quelques cubes de tofu?


Étrange concept que de débiter un cerveau pour mieux le comprendre. Et pourquoi pas dresser les rondelles d'un cœur sur l'inox glacial d'une morgue pour se saisir du sentiment amoureux?

mercredi 24 mars 2010

Peu après la naissance de princesse Leia, une furieux besoin de montre m'étreignit. Un objet solide, capable de mesurer le temps avec la rigueur attendue du métronome infatigable, de borner ce nouvel espace-temps qui s'ouvrait. Bouleversement émotionnel qui déroule sa frise chronologique imparable. Avant, maintenant, après. Passé, présent, futur. Je ne connaissais la mesure qu'à travers de bucoliques notions de solfège alliée à une passion insatiable pour le mouvement et son amante la musique. Affronter la persévérance d'un quotidien dépecé en une succession de temps ritualisés capable de transformer la pyramide des besoins de Maslow en une crème renversée de cantine. L'expérimenter jusqu'à faire craqueler les repères psychologiques. Donner du temps au temps. De cette absurdité sémantique naît une représentation quasi philosophique du réel, sortir enfin de la linéarité temporelle pour vivre l'intemporalité de l'instant. Pourquoi ne pas délaisser l'incontournable guide d'attente des 9 mois et offrir une version allégée de la théorie de la relativité d'Einstein aux futures mamans? Cette idée de courbure de l'espace-temps pourrait en faire gagner. Entre temps, ma montre est devenue molle.


La part de judaïcité de mon héritage tente de me faire soupirer en pensant à l'avenir. De temps en temps.

mardi 23 mars 2010

Parler de la pluie et du beau temps. Futile, certes, utile, assurément. Loin d'adhérer au déterminisme forcené d'une théorie des climats réduisant la singularité d'un peuple à ses conditions géographiques de vie, je ne peux que réprimer ma révolte individuelle face à la dictature humide de l'évènement climatique. La constante blancheur grisâtre d'un ciel pesant inverse le cours du temps. Comme une balle de ping-pong enfermée dans une salle de squatch nos perceptions rebondissent sur les murs d'hiver. L'été n'existe pas. Mon ostéopathe m'a alerté de l'influence de l'humidité sur la rate. Cet organe vital est un formidable écrin à chagrins qui se nourrissent des contrariétés quotidiennes pour mieux survivre. Au secours Baudelaire, le spleen est conquérant. L'incroyable vitalité de la chaleur indolente. Je vais acheter une crème solaire. Pour être prête.

Princesse Leia teste un nouveau chemin pour Rome.

Pluviôse rime avec névrose.

dimanche 21 mars 2010

L'auteur le plus lu au monde, traduit dans plus de 70 langues, a grandi près d'une mère quasiment sourde, ne pouvant pas s'exprimer, ne sachant ni lire ni écrire. Il a vécu dans le silence d'un environnement sourd, soumis. L'absence, l'incapacité de dire comme terreau de l'immense œuvre d'Albert Camus. L'absurde naît de l'impossible rencontre entre le cri d'un homme et le silence insensé du monde. Lire tout Camus, non comme réponse aux injonctions politiciennes du ministère de la culture, mais pour encore mieux se saisir des réponses humaines. L'ampleur du projet m'accule aux murs de la bibliothèque. Considérant qu'une année complète ne me suffirait pas, cette entreprise ramène à planifier une sélection réduite de choix littéraires pour les éventuelles décennies à venir. Moi qui voulait aussi découvrir l'entière filmographie d'Ernst Lubitsch. Ayant des besoins fidélisés de sommeil, renonçant à rationaliser mes féminines insomnies, et soudoyant facilement mon goût de l'effort, il ne me reste qu'à continuer de picorer, goûter, chercher grâce à Camus et tant d'autres ce que seuls les mots peuvent nous dire.

Pouvoir dire Re-lire tout Camus.

vendredi 19 mars 2010

Le flou me fascine. L'image d'un mouvement retenu mais jamais soumis, murmure dans un souffle son émoi. Le flou est vivant. Il donne à voir l'indicible, révèle en dérobant, éclaire en voilant. Une incertitude hasardeuse vient troubler la rencontre. Face au déluge d'informations, au débordement de messages, de communication efficace, le flou souligne dans l'absence de contours précis la nature de la relation à l'autre. Une buée magique enrobe le lien. Un mauvais réglage optique met en boîte la netteté et donne de l'espace.

Il paraît que l'œil myope est trop puissant. Il résulte surtout d'un réglage optique défaillant. Le myope est peut-être un photographe démuni.

jeudi 18 mars 2010

Un grand merci à Brillat-Savarin et ses méditations: la gourmandise ne mérite que éloges et encouragements. De péché elle prend le statut de vertu, ce qui en soit reste toujours sous influence très religieuse. Mais surtout elle s'éloigne désormais de la gloutonnerie, de la goinfrerie pour mieux affirmer son plaisir dans le dialogue avec la nourriture. Le plaisir du goût flirte avec le plaisir des mots. La bouche respire, aspire, tète, avale, rit, embrasse, chante, grimace, dit. La gourmandise est sonore, le plaisir est vivant, les mots ultimes. L'ombre des excès moralise l'art gourmand. Seuls les mots donnent du sens au plaisir de la nourriture, à l'attente, aux choix, à l'élaboration complexe qui excite les papilles. Régal des sens. Des couleurs gastronomes, un beurre qui frétille dans la poêle, des effluves volatiles, une émulsion si légère, une caresse friande. La gourmandise est rebelle. Se moquant des interdits, elle déclare sa flamme à qui veut l'entendre.

Princesse Leia suffoque entre monarchie absolue, constitution et consulat. Aucun respect pour la période révolutionnaire et sa déclaration des droits de l'homme. Sans parler de tous ces cuisiniers et maîtres queux travaillant pour des aristocrates qui ont enfin pu ouvrir leurs restaurants.

mercredi 17 mars 2010

Il y a des rires d’enfants dans la cour, un cœur serré dans la coulisse, les poils que l’on cache sous un gilet alors qu’il fait si chaud, toutes les premières fois des autres, un nom que l’on reconnaît sur une liste, une jeune fille blonde sur un solex séchant ses cheveux dans le vent, une étoile filante dans le ciel méditerranéen, l’affreuse cigarette allumée à l’envers, les glaçons qui dansent dans le rhum, les garçons qui dansent avec le rhum, les coupes qui se rencontrent.
Il y a les nuits blanches, les jours gris, les semaines bleues, les matins doux.



Il y a des monstres quelque part dans nos abysses.
Un corps aérodynamique, des tentacules démesurés qui cachent un bec puissant, l’œil envahissant, le regard intentionnel, le psychopathe des mers du fond hante notre imaginaire et quelques réalités. Patients ils attendent dans l'indigo profond. Ils nous leurrent, attendent. La menace est là. Tous les marins de l’histoire de nos océans le savent. Ils sont dessous, nous observent, nous inquiètent, nous provoquent.
Ils ne se font jamais complètement oublier.


au menu ce soir, salade de poulpe, calamar à la plancha.

mardi 16 mars 2010

à la recherche de l'escarpin perdu. Quête du Graal, non, mais la poursuite sans fin d'une évocation féminine idéalisée. L'escarpin noir des années 50 qui éternise la féminité dans la hauteur dessinée de son talon. Au repos, sa subtile courbe érotise déjà la cambrure, le cou de pied. Avant même d'être en mouvement, l'escarpin évoque le sillage inouï d'une allure, d'une séduction vertigineuse. Obscur objet de désir, l'escarpin m'enlace irrésistiblement au cinéma. Cendrillon nous avait parlé à demi-mot de la puissance érotique du pied lorsque son prince fou de désir la course dans tout le palais aux douze coups de minuit (sacré coquin). Soit. Mais aucune censure hollywoodienne n'a pu réprimer l'explosion sensuelle du talon aiguille. Objet de désir, objet de plaisir, parfois de souffrance lorsque le pied comprimé oppresse l'élégance. Si Freud était né un siècle plus tard, combien de pages noircies sur ses carnets à ce propos?

Marinière, jean, converse. Classique.

lundi 15 mars 2010

On attribue un mérite humanitaire trop partial à Noé. Toute une histoire d'animaux, d'arche, et d'eau, beaucoup beaucoup d'eau. On oublie le vin. Cet homme a tout de même sauvé une vigne, l'a plantée puis s'est enivré. La petite fête a un peu dégénéré, il s'est retrouvé nu comme un ver (verre!), et rien ne sert d'épiloguer sans fin sur les conséquences de sa toute première beuverie. Nous sommes nombreux à lui être redevables. L'indispensable ivresse aimable. Pas celle qui accueille la pesanteur de nos tristesses. La nécessaire ivresse heureuse repoussant les limites de la conscience sans les absorber, excitant le réel, réchauffant les chimères endormies. Un condiment de la vie. L'excès de sobriété entraîne une fadeur tellement disciplinée. J'ai tendance à saler les plats avant de les goûter.

l'immense plaisir du thé solitaire. Préparer une tasse de thé. A peine tiédie, l'avaler goulûment. Parfois l’oublier, puis la retrouver, la déguster froide, un peu âpre et tellement désaltérante. La tasse de thé accompagne. Vert de plus en plus, le thé ponctue mes journées, mes après-midi, rarement mes soirées. Sucré, j’aspire sa dernière goutte comme un sirop, neutre je sens une porte s’ouvrir vers un orient. S’orienthé ?


Princesse Leia aimerait les gallon de lait des frigos américains.

vendredi 12 mars 2010

Vivre dans un village près d'une église produit plusieurs effets. Chaque semaine l'idée de la mort sonnaille avec l'unique cloche agonisante du glas. L'absurdité existentielle nargue ceux dont l'oreille n'échappe pas à la récurrence sonore. Parfois des images confuses accouplant des Parques à une faucheuse sous les yeux de Mishima, comme un condensé d'histoire de l'art défilant à vive allure dans les teintes sombres d'un tableau d'Egon Schiele, imposent un zapping involontaire. Un réflexe comptable peut s'opérer comme mécanisme de défense se calquant sur le principe de dénombrement des moutons de l'insomniaque. Un auto bavardage futile s'émulsionne en croisant des informations, l'enterrement est à 15h00, elle n'était pas si âgée, il était malade. Quelques fois, il y a juste un besoin d'inspirer plus largement pour distendre l'espace trop étriqué des émotions. Et regarder l'horizon.


Certaines personnes rayent des noms sur leur répertoire. Mais sous l'égratignure nerveuse les lettres continuent de signifier.


J'ai des pulsions meurtrières envers certains publicitaires. Pourquoi est-ce que régulièrement l'ami Ricoré vient me contrarier?

jeudi 11 mars 2010

Il est des mots qui nous fascinent, qui résonnent et que l'on aime à répéter inlassablement dans sa tête jusqu'à en extraire toute notion de sens et jouir d'une invraisemblable musicalité. Serendipity. Ce mot possède en valeur ajoutée l'extraordinaire qualité d'échapper à une traduction littérale. Cinq syllabes qui dévoilent l'art de faire par hasard des rencontres et des découvertes heureuses. Et voilà, la tentative de désigner, le mot s'échappe alors comme un papillon de printemps en laissant multiples traces dans notre mémoire. Hommage éternel à Horace Walpole qui écrivit en 1754 ce mot inspiré par un conte persan Les trois princes de Serendip. Mille et une évocations gourmandes. Nous y voilà! Un été très chaud des années 80, 225 east 60th street NYC 10022. Dégustation d'une friandise américaine extrêmement chocolatée dans un réputé coffee house nommée Serendipity. Commencement d'un long batifolage dans cette nouvelle contrée.


Depuis bien longtemps, Princesse Leia adore le mot Basilic.


Une salle d'attente bilieuse. Une femme blonde, son regard vert scrute la moindre faiblesse des individus présents. Un trop lent battement de cils traduit sa propre fatigue. Elle lutte, guette secrètement celui ou celle qui, dans un soupir de profonde exaspération, va se lever, quitter la pièce avec une rage mêlée d'un flagrant renoncement, et lui laisser entrevoir une réduction de peine. L'espace d'une seconde, son visage me transfère dans une scène de on achève bien les chevaux. D'inombrables appels téléphoniques en attentes interminables j'ai réussi aujourd'hui à obtenir ce fameux imprimé n° 0101300002500 après 2h08 de soumission administrative, menacée par une atrophie progressive de mes membres inférieurs moulés dans une assise en plastique déformé. Merci M. Sydney Pollack, je n'aurai pu tenir sans votre soutien.

mercredi 10 mars 2010

Le frottement aux autres lui donne un aspect granuleux adouci par une rondeur suave, presque délavée. Rencontres, corps à corps, accrochages, collisions. Chaque secousse sculpte avec une force sismique ses courbes. Telle vague, plus puissante, entrechoque, initie un nouveau jeu de places, le place exposé au sommet ou soudainement à l'abri du regard. La douce usure des uns tout contre les autres dans la fluidité remise en jeu.
Le galet est en quelque sorte un fantasme d'harmonie collective. D'où peut-être cette force hypnotique qui apaise le regard pour ces fragments de roche aventureux. Mais quelle souffrance pour nos pieds que d'avancer vers l'eau désirée en traversant un champ de graviers hostiles aux arètes dominantes, acérées, aléatoires.

Des milliers de flacons renfermant des milliers de petits trésors de verre dépoli découverts sur la plage.

le cliquetis des emeraudes sous-marines de la plage de Nonza.